La Revue Française de Psychanalyse

Les sources pulsionnelles
de la négativité
Benno Rosenberg

Les sources pulsionnelles
de la négativité
Benno Rosenberg

Les sources pulsionnelles de la négativité[1], Benno Rosenberg

Je propose quelques réflexions personnelles sur les sources pulsionnelles de la négativité, négativité voulant dire la forme la plus originaire et la plus générale de ce qui devient la Verzierung, la négation, décrite par Freud. Par ailleurs je le confronterai à ce que Freud nous a dit de la négation, et ainsi vérifierai que ce que nous disons est conforme au concept freudien.

Pourquoi les sources pulsionnelles ? Pour satisfaire à l’une des exigences de la métapsychologie qui, selon moi, consiste dans le fait qu’il faille remonter pour tout phénomène psychique jusqu’à ses sources premières, c’est-à-dire jusqu’aux pulsions, jusqu’à ses sources pulsionnelles.

Avec cette précision qu’il s’agira toujours des pulsions de la dernière théorie pulsionnelle freudienne, ce qui est le cas pour Freud dans son article sur la Verneinung et, à ce propos il convient de rappeler que Freud lui-même s’est préoccupé des sources pulsionnelles de la négation en écrivant : « Le juger est le développement ultérieur, approprié à une fin, de l’inclusion dans le moi ou de l’expulsion hors du moi, qui originellement, se produisait selon le principe de plaisir. Sa popularité semble correspondre à l’opposition des deux groupes de pulsions dont nous avons accepté l’hypothèse. L’affirmation – comme substitut de l’unification – appartient à L’éros, la négation – successeur de pulsion – appartient à la pulsion de destruction. » Nous proposons cette citation aussi parce que, si elle a notre accord fondamental, nous y apporterons vers la fin de notre exposé certaines variations dont le lecteur jugera l’opportunité.

En quoi consiste donc la première manifestation de.la négativité ? Il s’agit de ce que nous appelons L’inversion pulsionnelle fondamentale (IPF) que nous allons définir après avoir exposé le problème auquel elle répond. Dans la deuxième théorie des pulsions, telle que je la comprends et je pense que ma compréhension correspond à celle de Freud, les deux pulsions fondamentales, pulsion de vie, pulsion de mort, sont définies positivement, même si l’une des deux pulsions (la pulsion de mort) est définie de manière à ce que ses effets soient « négatifs » (c’est-à-dire dans ce cas destructeurs), son action est décrite positivement comme division, clivage, décomposition, désagrégation, déliaison… Pour ce que qui est de la pulsion de vie, il n’y a pas de discussion quant à la positivité de la définition, puisqu’ il s’agit toujours d’unification, création de nouvelles unités psychiques, liaison. Ce qu’il faut surtout éviter, c’est de définir une des deux pulsions, en l’occurrence la pulsion de mort, comme étant le négatif de l’autre, la pulsion de vie. Ceci nous semble être une évidence, car sinon la négation se trouverait placée au même niveau que les pulsions et même précéderait l’une d’entre elles, puisqu’elle serait impliquée dans sa définition-constitution, ceci impliquant à son tour la présence de la négation dans le ça et, de ce fait, dans l’inconscient, ce que Freud a formellement exclu.

Mais si la définition des pulsions est « positive », il nous faut alors déduire l’existence de la négativité à partir des pulsions, autrement dit, faire la généalogie de la négativité à partir des pulsions. C’est ici que nous proposons l’inversion pulsionnelle fondamentale (IPF) comme première manifestation de la négativité. Nous allons le montrer en nous aidant de deux textes qui parlent tour à cour des deux pulsions. Le premier, un texte concernant la pulsion de vie, montre que celle-ci, tout en étant orientée primairement et par nature vers son objet de satisfaction, reste majoritairement investie dans le moi : « On apprend à comprendre que le moi est toujours le réservoir principal de la libido, d’où émanent les investissements libidinaux des objets, et où ils retournent, pendant que la majeure partie de cette libido demeure constamment dans le moi[2]. » De même, dans Le problème économique du masochisme, il est indiqué que la pulsion de mort est dérivée-projetée en grande partie vers l’extérieur et vers l’objet alors que nous savons qu’elle est primairement et naturellement orientée vers l’extérieur du psychisme et vers Le moi : « La libido a pour tâche de rendre inoffensive cette pulsion destructrice et elle s’en acquitte en dérivant cette pulsion en grande partie vers l’extérieur, bientôt avec l’aide d’un système organique particulier, la musculature, et en la dirigeant contre les objets du monde extérieur[3]. »

Ceci veut dire que les deux pulsions sont l’une comme l’autre réorientées, contrairement à leur orientation primaire et naturelle, vers un objet autre, chacune vers l’objet originel de l’autre, dans une sorte d’inversion fondamentale et, je le répète, cette inversion est économiquement majoritaire pour les deux pulsions. Nous affirmons donc que cette inversion pulsionnelle fondamentale (IPF) est la première manifestation de la négativité et que ceci révèle quelles sont les sources pulsionnelles de la négativité.

En quoi ceci est-il différent de ce que nous appelons tous la mobilité pulsionnelle ou 1a contingence de l’objet par rapport aux pulsions ? Il n’y a pas de différence de principe, mais la mobilité pulsionnelle est une potentialité qui se réalise avec plus ou moins de facilité et les fixations postérieures montrent bien que cette potentialité n’est pas exempte de difficultés de réalisation, d’autant plus que cette inversion pulsionnelle, réalise, d’ une part le tout premier changement d’objet des pulsions et d’autre, engage économiquement une partie majoritaire des pulsions. De plus le changement d’objet est ici « extrême », réalisant un croisement objet interne-objet externe.

Cette IPF est par ailleurs vitale puisqu’elle soulage l’intérieur des effets destructeurs de la pulsion de mort et garde à l’intérieur la grande partie de la libido qui, par ses capacités de liaison, assurent la conservation du moi et de l’appareil psychique face à ce qui reste à l’intérieur de pulsion de mort. Par ailleurs l’investissement « minoritaire » de l’objet par la libido met à l’abri le moi des trop hautes tensions d’excitation en provenance de l’objet investi.

L’IPF ne crée pas l’opposition dehors-dedans mais elle l’utilise et la raffermit, le dehors-dedans est créé par le fait même de l’orientation originaire différente des pulsions, la libido vers l’extérieur, la pulsion de mon vers l’intérieur. L’IPF ou la négativité primaire, utilise, donc, l’opposition dehors-dedans et lui donne pour la première fois un sens défensif fondamental et, comme il a été dit, un sens défensif vital ; la division dehors-dedans s’avère être nécessaire et incontournable pour l’existence psychique.

L’inversion pulsionnelle fondamentale est aussi la première forme d’opposition aux pulsions en même temps que la première forme de travail psychique des pulsions (voir plus loin). Quel sens peut avoir l’expression « opposition aux pulsion » ? Les pulsions sont ce qu’elles sont et il n’est pas du pouvoir du moi de réduire leur poussée. Si les pulsions s’épuisent ce n’est pas par l’action du moi, alors quel sens peut-on donner à une telle opposition ? Il s’agit selon nous de canaliser, dériver, finalement déplacer par changement d’objet, l’action des pulsions de manière à ce que cela convienne au moi et à l’appareil psychique. C’est en cela que l’IPF est la forme fondamentale d’opposition aux pulsions et que, par conséquent, elle apporte une certaine libération dit moi de la contrainte-pression pulsionnelle. Dans la négation, Freud nous dit quelque chose qui souligne l’indépendance relative vis-à-vis des pulsions par l’intermédiaire de la négation : « Mais l’opération de la fonction du jugement n’est rendue possible que par la création du symbole de négation qui a permis à la pensée un premier degré d’indépendance à l’égard de la contrainte du principe de plaisir[4]. » Dans ce texte, l’indépendance par à rapport au principe de plaisir est implicitement l’indépendance par rapport à la libido et, si on suit l’analyse faite par Freud du principe de plaisir dans « Le problème du masochisme », c’est en même temps l’indépendance par rapport à la pulsion de mort.

En disant que l’IPF est virale pour le psychisme nous disons implicitement qu’elle est faite en fonction de la pulsion d’auto-conservation qui dans la dernière théorie des pulsions fait partie de la libido-pulsion de vie ; mais puisqu’il s’agir de diviser, séparer, les pulsions de leur objet, l’IPF se fait également en fonction de la pulsion de mort. Nous reviendrons dans la dernière partie, en essayant de définir la négativité, sur cet aspect de division-séparation de la pulsion par rapport à l’objet. Ce que nous voulons dire là, plus spécifiquement, c’ est que l’IPF se fait en fonction des deux pulsions, plus exactement en fonction de leur intrication.

Le moi et la négativité

Pourquoi le moi ? Nous avons parlé de l’aspect de nécessité vitale de l’inversion pulsionnelles fondamentale mais le moi est lui-même une nécessité vitale pour l’appareil psychique en général, et pour le ça en particulier. Voilà ce que Freud écrit à propos de la nécessité d’un moi pour le ça : « La relation au monde extérieur est devenue décisive pour le moi, il a assumé la tâche de représenter (vertreten) auprès du ça, pour le salut du ça qui, sans égard pour cette puissance extérieure hyperpuissante, n’échapperait pas à l’anéantissement de son aspiration aveugle à la satisfaction pulsionnelle[5]. » Disons que nous proposons de voir le moi comme se situant à la charnière des deux mouvements composant l’IPF : il est le fruit de la rétention libidinale à l’intérieur et il est agent actif dans la dérivation de la pulsion de mort vers l’extérieur. De cette façon le moi est, à la fois le fruit et l’agent de l’inversion pulsionnelle fondamentale.

Essayons de décrire la manière dont nous imaginons la constitution du moi. Le moi n’est au début qu’un segment du ça surinvesti libidinalement et qui se singularise ainsi par rapport au reste du ça. Ce lieu de concentration libidinale, comme toute entité nouvellement créée par la pulsion de vie, est attaqué par la pulsion de mort qui tend, comme on le sait, à réduire le nouveau à l’ancien et ainsi à le détruire, dans le mouvement conservateur qui est le sien. Cette attaque de la pulsion de mort contre cette ébauche du moi, puisqu’elle divise-sépare cette ébauche du moi du reste du ça, en individualisant cette partie du ça et en créant ainsi véritablement le moi comme instance séparée.

On peut se demander ce qui sauve le moi de cette attaque de la pulsion de mort. Il s’agit bien entendu de la libido-pulsion de vie qui lie-conserve ainsi le moi. Il s’agit en fait de l’intrication pulsionnelle. Ceci correspond à ce que Freud a décrit dans Le problème économique du masochisme comme la constitution du masochisme érogène primaire que nous considérons comme le noyau primaire du moi. Nous devons donc dire que cette concentration, qui est en même temps investissement de la libido à l’intérieur d’une partie du ça (moi en constitution), est de la libido narcissique. On peut ainsi dire que le narcissisme n’est pas seulement l’investissement libidinal du moi mais qu’il est aussi le créateur du moi. Le narcissisme précède et accompagne le moi. Mais cette rétention libidinale à l’intérieur de l’appareil psychique et du moi est le versant libidinal de ce que nous avons appelé l’inversion pulsionnelle fondamentale. Il s’avère donc que ce versant libidinal de l’IPF est à la source de la création du moi. C’est dans ce sens que nous avons dit que le moi est le fruit de l’IPF, c’est-à-dire de la négativité.

D’autre part la dérivation-expulsion de la pulsion de mort vers l’extérieur, qui a un sens nettement défensif, est comme tout mouvement défensif, l’œuvre du moi, et de ce point de vue, nous pouvons donc dire que le moi est aussi le porteur-acteur de la négativité puisqu’il est à la source de ce deuxième versant de l’IPF.

Le moi se trouvant à la charnière des deux mouvements constituants de l’IPF, il introduit entre eux un rapport de précession : la rétention majoritaire de la libido à l’intérieur de l’appareil psychique et dans le moi en tant que libido narcissique, précède le mouvement de dérivation-expulsion à l’extérieur de la pulsion de mort et ainsi c’est le moi qui introduit un rapport de précession entre les deux : mouvements composants de l’IPF. Cette précession a une cause et il nous semble qu’on peut lui donner un sens. Rappelons encore une fois que le moi est bâti autour du noyau masochiste primaire[6] mais le noyau masochique primaire, toujours constitué par la pulsion de vie liant la pulsion de mort, présente, nous semble-t-il, une évolution qui est liée à la transformation de la pulsion de vie. La pulsion de vie contient, on le sait, en tant qu’héritière unique de l’opposition pulsionnelle de la première théorie freudienne et la libido objectale et l’autoconservation. Ces deux aspects, libido objectale et autoconservation, se component comme deux pôles de la pulsion de vie ; selon les moments, la pulsion de vie peut se comporter plutôt comme libido objectale, ou bien comme libido auto conservatrice ou encore, le plus souvent, comme une combinaison des deux, avec des importances relatives variables. Il nous semble qu’au début, le noyau masochique primaire du moi est plutôt constitué de libido auto conservatrice-narcissique, mais que, au fur et à mesure, une différenciation se produit et la pulsion de vie à l’intérieur du noyau masochique primaire, sans cesser d’être auto conservatrice, s’objectalise de plus en plus, créant ainsi un masochisme secondaire qui tend à créer et à investir les objets. C’est dans le cadre de cette transformation limitée mais importante de la libido auto conservatrice en libido objectale que la pulsion de mort est intriquée-liée et amenée par cette libido objectale vers l’extérieur. Nous avons parlé à propos de ce mouvement d’expulsion-dérivation de la pulsion de mort, de mouvement défensif du moi : nous devons dire aussi que c’ est là un changement important dans le moi, une maturation du moi, qui l’amène vers l’ objet. Il s’agit probablement d’un moi plus mûr et plus sûr de lui-même, qui peut se permettre, tout en gardant à l’intérieur l’essentiel de sa réserve libidinale, d’envoyer une partie de la pulsion de vie sous forme de libido objectale vers l’objet. C’est cette évolution qui fait que le moi peut devenir porteur et acteur de la négativité après avoir été le fruit de celle-ci.

Quelques mots sur le travail psychique et la négativité

À propos du moi nous devons parler de la relation du travail psychique à la négativité. Nous, nous parlons de travail par la négativité et nous voyons trois étapes :

La première étape est un pré-travail psychique, parce qu’il s’agit d’un travail qui se passe avant la constitution véritable du moi et qui est contemporain de cette constitution. Il correspond à cette rétention de la libido auto conservatrice à l’intérieur du ça qui va créer le moi en fondant le noyau masochique primaire.

La deuxième étape ou premier vrai travail psychique, où le moi (le préconscient de la première topique) joue un rôle, consiste plutôt dans un travail de division-séparation dont le moi et l’appareil psychique ont besoin : du moi par rapport au ça, de l’intérieur par rapport à l’extérieur, de l’objet par rapport au désir de l’objet, etc. Le moi, qui est médiateur entre les différentes instances et créateur des formations symptomatique de compromis, a besoin d’un premier travail où il divise et sépare les choses qu’il s’efforcera ensuite de réunir ou plutôt de mettre en relation. Cette phase du travail psychique où la division-séparation prédomine sans être exclusive est une phase où la négativité joue un rôle capital, puisque, comme on va le voir, entre négativité et division, il y a une correspondance profonde. Dans le même temps, bien que la pulsion de vie ne soit pas absente, il y a dans la division une prééminence de la pulsion de mort qui est finalement salutaire, puisqu’il n’est qu’en apparence paradoxal de dire que la pulsion de mort est utilisée par le moi pour l’expulser (en partie) de soi et donc pour s’en défendre ?

Le troisième niveau de travail psychique est un vrai travail psychique intégrateur, qui lie et introjecte les choses, où la négativité joue un rôle implicite mais où elle ne joue pas un rôle principal et où, du point de vue pulsionnel, c’est l’aspect unifiant-liant de la pulsion de vie qui joue le rôle le plus important.

La négation comme division

Je prends la liberté et vous prie de m’en excuser, de raconter un souvenir : Claude Le Guen et moi-même tout en ayant quelques points de vue divergents, pensons des choses assez proches sur la négation et la pulsion de mort ; nous avions donc décidés de prendre notre temps pour en discuter en réunissant pendant une année scolaire nos deux séminaires. C’est à cette occasion, qu’en parlant de la relation du masochisme et de la négation, j’ai avancé qu’autant le masochisme secondaire me semblait tributaire de la négation, puisqu’il doit lier le déplaisir et le transformer en son contraire le plaisir, autant le masochisme primaire était à la source de la négation. Je dirai aujourd’hui la même chose mais, plus généralement, de la négativité, ce qui signifie qu’il faut déduire la négativité du masochisme, c’est-à-dire de l’intrication pulsionnelle primaire. On peut objecter que tous les phénomènes psychiques sont le fruit de l’intrication pulsionnelle, mais ce que nous voulons dire plus spécifiquement, c’est que dans l’ordre des choses, la négativité suit de près et est impliquée par le masochisme primaire. La négativité est le premier produit de l’intrication pulsionnelle primaire, après le masochisme, mais celui-ci est identique à l’intrication-liaison primaire même.

Il nous faut donc montrer le lien entre intrication pulsionnelle et négativité. Nous allons regarder comment les choses se passent à l’intérieur de l’objet, d’un objet quelconque.

Tout objet est bipulsionnellement investi par la pulsion de vie et la pulsion de mort; lorsque la pulsion de mort n’arrive pas à détruire, à fragmenter-désagréger l’objet et qu’ainsi la pulsion de vie maintient par son pouvoir de liaison l’unité de l’objet, la pulsion de mort manifeste son existence en introduisant des divisions internes. Dans la mesure, donc, où la pulsion de mort ne réussit pas à désagréger l’objet, ni la pulsion de vie à étouffer complètement la pulsion de mort, nous avons affaire à un objet qui reste unitaire mais qui a des divisions, des différenciations, des hiérarchisations internes. Nous résumons cette situation par cette formule : c’est la division-séparation à L’intérieur de la liaison. Nous définissons donc l’action de la négativité dans le psychisme, comme division à l’intérieur d’une liaison ou d’une unité maintenue. Nous retrouvons la division-séparation enrichissant l’objet au niveau de la négation dans son action à l’intérieur de l’appareil psychique, dans la séparation de la fonction intellectuelle du processus affectif : « On voit comment la fonction intellectuelle se sépare ici du processus affectif. À l’aide de la négation, c’est seulement l’une des conséquences du processus du refoulement qui est abolie, celle qui consiste en ce que son contenu représentatif ne parvienne pas à la conscience. Il en résulte une sorte d’acceptation intellectuelle du refoulé tandis que persiste ce qui est essentiel dans le refoulement[7]. » Cette négation-division est la forme que prend l’action maîtrisée par l’intrication-liaison pulsionnelle.

Nous croyons pouvoir dire que c’est le noyau masochique primaire, i.e. la première intrication pulsionnelle, qui est le moteur de la négativité, c’est-à-dire l’Inversion Pulsionnelle Fondamentale. C’est le besoin d’intriquer la pulsion de mort qui retient majoritairement à l’intérieur la libido, d’une pulsion de mort qui ne vas rester que minoritairement à l’intérieur. C’est ce besoin déduit de la première intrication pulsionnelle qui détermine l’ensemble de l’inversion pulsionnelle fondamentale et qui la conditionne par la division entre la pulsion et son objet. La définition de la négativité comme division nous pousse à ne pas être tout à fait d’accord avec la formule de Freud (« la négation successeur de l’expulsion… ») : nous croyons que la division est la plus essentielle et qu’elle précède l’expulsion puisque celle-ci suppose la division-séparation entre la pulsion de mort et son objet originaire. Par ailleurs cette même division entre la pulsion et son objet conditionne également le changement d’objet de la pulsion de vie.

[1] « Le négatif. Travail et pensée » (1995). Perspectives psychanalytiques : 187-197, L’esprit du temps.

[2] S. Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard, Paris, 1940, p. 138.139, souligné par moi.

[3] S. Freud, Le problème économique du masochisme, in Névrose, psychose et perversion, Paris, Puf, 1973, p. 291. Souligné par moi.

[4] Freud S., La négation, op. cit., p. 139.

[5] Freud S., Le problème économique du masochisme, in Névrose psychose et perversion, p. 288. Freud montre dans ce texte que le principe de plaisir est le fruit d’une intrication pulsionnelle. Voir aussi sur cette question B. Rosenberg, Masochisme mortifére et masochisme gardien de la vie, Puf, 1991, Chap. 2.

[6] Rosenberg B., Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie, Paris, Puf, 1991.

[7] Freud S., La négation, in « Résultats, idees, problèmes », op. cit., p. 136.