La Revue Française de Psychanalyse

89-5 Résumés des articles

89-5 Résumés des articles

THÈME : Traumatismes, (dé)symbolisation, mémoires

Rapport de Jean-Baptiste Dethieux et discussion

Jean-Baptiste Dethieux – Passé le trauma, passé du trauma… L’advenue d’une mémoire

RÉSUMÉ – Ce travail se proposera d’aborder l’impossible mémoire du trauma sans mémoire ou comment passer d’une trace perceptive à une tentative de trace mnésique jusqu’à l’advenue d’une mémoire. Ce, avec la notion d’après-coups bien singuliers, car s’agissant de retours à l’âge adulte de patients déjà traités alors enfants par le même analyste ou pensant l’avoir été. Ces « revenants » de l’enfance nous interrogent, bien entendu, sur les raisons de ce retour. S’agirait-il de traiter la part traumatique non élaborée d’une première cure ? L’irreprésentable du trauma pourrait-il s’élaborer dans un passage de la répétition à la remémoration ? La mobilisation d’un « travail en double » lors de la reprise d’un travail analytique permettra l’actualisation d’une « matière psychique première » dans le transfert et la « construction » d’un contenant en attente de représentations afin qu’adviennent des germes de mémoire.

MOTS-CLÉS – Mémoire, traces perceptives, trauma, construction, travail en double.

Spyros Mitrossilis – Discussion du rapport de Jean-Baptiste Dethieux

RÉSUMÉ – Le discutant considère le rapport de J.-B. Dethieux comme un parcours d’exploration des reflets des traumatismes prépsychiques/psychiques des analysants. Il met l’accent sur le concept de retour, le « retour » des traumatismes en particulier, et les formes de ce retour, pas seulement en relation avec le domaine perceptivo-sensoriel, mais aussi avec la motricité ou l’action, soulignant la participation de l’analyste par son contre-transfert. Autrement dit, l’après-coup dans la deuxième topique constitue une fonction post-traumatique complexe. Il souligne également l’importance des traumatismes négatifs, ainsi que de la construction comme co-construction et repositionnement dans le contexte du passé.

MOTS-CLÉS – traumas prépsychiques, retour, perceptif, sensoriel, motricité, après-coup, co-construction.

Rapport de Fotis Bobos et discussion

Fotis Bobos – À la recherche du trauma perdu

RÉSUMÉ – Les premières expériences de satisfaction sensorio-motrice jouent un rôle central dans la genèse du psychisme. Le trauma précoce, lié à un défaut de satisfaction psychosomatique primaire, laisse des traces perceptives qui se rejouent dans le transfert négatif sous forme motrice, répétitive ou somatique. L’aspiration à la satisfaction devient une exigence durable. La défaillance du masochisme érogène primaire ouvre sur la désintrication pulsionnelle. La position éthique de l’analyste implique un travail approfondi du contre-transfert. À travers des cas cliniques, les liens entre corps et trauma sont explorés, mettant en lumière les enjeux de la symbolisation.

MOTS-CLÉS – trauma, sensorio-motricité, masochisme, transfert, position éthique, somatisation.

Christine Saint-Paul Laffont – Discussion du rapport de Fotis Bobos

RÉSUMÉ – L’auteur interroge le rapport de Fotis Bobos du point de vue psychosomatique en choisissant l’axe désorganisation/réorganisation. Elle questionne ce qui a pu présider à la désorganisation psychosomatique dans le cas de Marie, de même que ce qui témoigne de la réorganisation chez les deux patients. Notamment le statut du souvenir qu’elle considère comme la construction d’un « traumatisme écran » chez Marie, de même que l’épisode hallucinatoire chez Homère. Elle insiste sur l’importance du contre-transfert qui peut permettre une élaboration et une réorganisation. Elle souligne les questions posées par la maladie et la mort d’un patient pendant l’analyse, insistant sur le fait que malgré la réorganisation psychique dans la cure, la maladie grave au-delà d’un certain seuil poursuit son évolution.

MOTS-CLÉS – somatisation, désorganisation/réorganisation, trauma précoce, contre-transfert, construction.

Rapport de Christos Zervis et discussion

Christos Zervis – La désymbolisation au service de l’évolution psychique

RÉSUMÉ – Dans cet article il est envisagé que la désymbolisation, en tant que processus, n’est pas seulement destructrice, elle peut aussi être au service de la vie et de l’évolution psychique. À l’aide du matériel clinique et des références théoriques de Freud, Laplanche et d’autres psychanalystes contemporains, ainsi que de contributions philosophiques, l’auteur met en évidence la synergie des mécanismes désymbolisants et symbolisants dans un processus de réorganisation continu de l’appareil psychique. L’angoisse est associée alors à la désymbolisation produite entre deux symbolisations. Les moments de passage, comme l’adolescence, et les expériences à caractère plus ou moins traumatique, comme la séduction, sont l’occasion de désymbolisations qui peuvent favoriser par la suite des resymbolisation maturatives. Une capacité de passivité réceptive joue dans ces cas-là un rôle essentiel. Le travail analytique constitue alors un processus désymbolisant et resymbolisant par excellence.

MOTS-CLÉS – désymbolisation, symbolisation, angoisse, traumatisme, séduction, évolution psychique.

Marina Papageorgiou – Discussion du rapport de Christos Zervis

RÉSUMÉ – L’auteur discute le rôle de la désymbolisation dans l’évolution psychique dans ses rapports avec les déliaisons-reliaisons et leurs achoppements dans les structures névrotiques et non- névrotiques. À partir de la définition du symbole seront questionnés les processus de symbolisation et la notion de l’absence dans le travail analytique, en particulier la symbolisation de l’affect dans les deux Topiques. Seront également abordées la place de la séduction et des « signifiants énigmatiques » dans la clinique contemporaine, ainsi que l’épreuve métamorphosique en jeu dans la psychosexualité adolescente.

MOTS-CLÉS – symbole, symbolisation, déliaison, absence, affect, séduction.

INTERVENTIONS

Approches cliniques du hors psychique et du hors temps

Jan Abram – Le concept de trauma chez Winnicott

RÉSUMÉ – Ce texte met en évidence la façon dont la notion de trauma selon Winnicott diffère de la théorie freudienne classique. En focalisant sur la peur de l’effondrement et la régression dans le transfert, un cas clinique souligne un moment de l’analyse où, grâce à la réponse affective de l’analyste, l’effondrement initial s’est frayé un chemin vers l’après-coup. Le déplacement du divan au fauteuil s’est avéré le changement nécessaire du dispositif du couple analytique de façon à ce que les évènements psychiques de l’histoire de la naissance du patient soient discutés à partir d’une position tierce. Ceci a conduit à la capacité du patient d’une situation psychique de non-survie-de-l’objet à une position psychique de survie-de-l’objet.

MOTS-CLÉS – trauma, crainte de l’effondrement, régression, objet, survie.

Dominique Scarfone – Symbolisation et auto-théorisation

RÉSUMÉ – L’autosymbolisation, ou autothéorisation, est un trait humain spécifique, distinct du maniement algorithmique des symboles. Là où un traumatisme a minima incite à l’autosymbolisation, un traumatisme grave l’inhibe. La psyché peut alors chercher un compromis par le délire. Un patient psychotique a pu bénéficier d’une écoute patiente qui, sans les interpréter, accueillait et soutenait ses efforts d’auto-théorisation.

MOTS-CLÉS – autosymbolisation, autothéorisation, psychose, subjectalité.

Iacovos Cléopas – Questionnements autour de l’approche clinique du hors psychique et du hors temps

RÉSUMÉ – À partir des rapports du Congrès sont proposés des questionnements et des réflexions théoriques et cliniques autour de l’approche et de la relation entre le hors psychique et le hors temps dans la psychanalyse. Cette approche implique la question des dynamismes inhérents au fonctionnement et aux éléments du hors psychique, la considération de formes de mentalisation en rapport et aussi hors un travail de psychisation, leur expression dans la relation transférentielle.

MOTS-CLÉS – mentalisation, psychisation, stratification dynamique, transfert hors psychique.

Symboliser en rêvant

Marc Hebbrecht – À propos d’un revenant. La reprise de l’analyse d’un rêve

RÉSUMÉ – Un rêve d’une analyse initiale peut être rêvé à nouveau et ainsi constituer l’occasion de reprendre le travail psychanalytique. Après le travail analytique, une désymbolisation du rêve a lieu, qui, cependant, appelle une symbolisation renouvelée dans le contexte de nouvelles circonstances de vie.

MOTS-CLÉS – rêve, désymbolisation, resymbolisation, réanalyse.

Tessa Hadjiyanni-Stephanatou – Rêve, image, symbolisation

RÉSUMÉ – Cet article traite de la fonction symbolisante du rêve face au trauma. À partir de la révision freudienne de la théorie du rêve et la théorie traumatolytique du rêve avancée par Ferenczi, l’auteur montre comment les images du rêve permettent de figurer ce qui n’est pas inscrit psychiquement. À travers une vignette clinique, elle illustre la capacité du rêve de traiter une douleur psychique clivée du psychisme. Dans cette perspective, le rêve dépasse sa fonction de gardien du sommeil pour devenir un lieu de transformation subjective.

MOTS-CLÉS – rêve, symbolisation, clivage, fonction traumatolytique du rêve.

Anna Maria Nicolò – Le rêve de l’analyste

RÉSUMÉ – Le cas clinique d’une patiente difficile montre l’exemple d’un rêve de contre-transfert. Lorsque la scène analytique est saturée des éléments concrets non symbolisés que le patient manifeste, ceux-ci peuvent influencer l’analyste en le poussant à produire des images avant même les mots. L’analyste peut rêver le rêve du patient en traduisant en images des expériences qui trouvent leur origine dans des traumatismes précoces ou des traumatismes qui ont dépassé la capacité du patient à les contenir, à les élaborer et donc à les refouler. L’autrice aborde la nature complexe de ce phénomène qui pourrait représenter un stimulus pour la transformation de la relation analytique.

MOTS-CLÉS – contre-transfert, rêve de contre-transfert, rêves primaires et rêves secondaires, traumatismes précoces.

Nathalie Jozefowicz – Écrire pour ne pas mourir : on peut toujours rêver…

RÉSUMÉ – Au fil des trois rapports, nous évoquons l’idée que l’écriture est une forme de « résistance » pour permettre à l’analyste de « ne pas mourir », que les cures de ses patients continuent, même à travers la latence entre enfance et âge adulte. Réduire les clivages internes (dus aux traumas) en prenant conscience des collusions entre son histoire et celle du patient, et externes en posant la question de l’impact du « visuel » (traumatique et désymbolisant ou symbolisant et constructeur).

MOTS-CLÉS – écriture, clivage, trauma, symbolisation, résistance.

Mort du patient en analyse

Anne Maupas – Deuil dans le contre-transfert. Un geste contre l’oubli

RÉSUMÉ – Comment appréhender le suicide d’une patiente, acte qui clôt brutalement un processus thérapeutique et attaque le contre-transfert de l’analyste ? Quelle construction en faire dans l’après-coup ? Comment la destructivité modifie l’écoute de l’analyste ? Face à la détermination de la patiente, l’analyste envisage la mort, non plus comme une menace d’anéantissement, mais comme une issue pour sortir d’une insoutenable souffrance.

MOTS-CLÉS – mélancolie, suicide, destructivité, deuil, « not being », contre-transfert.

Talat Parman – Dursun n’est pas resté

RÉSUMÉ – La présence du psychanalyste est très précieuse pour le patient qui est dans le travail du trépas. Pendant ce travail, l’anticipation est indispensable. Il faut que le patient et le psychanalyste anticipent ensemble un avenir, proche ou lointain. Le psychanalyste a besoin des outils médiateurs lors de cette tâche très ardue. Dans cet article, le « squiggle narratif » d’un conte folklorique turc Keloğlan développé avec un enfant de 10 ans atteint d’une maladie mortelle est donné comme exemple d’outil médiateur.

MOTS-CLÉS – travail du trépas, accompagner la mort, l’anticipation, squiggle narratif.

Philippe Valon – La mort du patient : révolte, impuissance, culpabilité de l’analyste

RÉSUMÉ – La mort du patient est pour l’analyste une épreuve toujours, un traumatisme parfois. Traumatisme fait de révolte, de culpabilité, d’impuissance. Ce texte d’ouverture à la discussion après deux communications profondément émouvantes aborde la difficulté pour l’analyste à renoncer à ses illusions de puissance, et de se soumettre à la réalité du destin mortel commun, au prix de renoncements à certains piliers de son cadre habituel de travail.

MOTS-CLÉS – traumatisme, omnipotence infantile, cadre, représentation-but.

Conceição Tavares de Almeida – Mort d’enfant et travail de deuil

RÉSUMÉ – Ce texte apporte des réflexions sur les mécanismes inconscients activés lors de la perte d’un objet aimé, notamment lorsqu’il s’agit de la mort d’enfants. L’auteur établit une relation entre ce type particulier de deuil et la situation vécue par les analystes qui passent par la mort de patients. Faisant référence à son travail antérieur au cadre des soins et des politiques sanitaires, l’auteur illustre, avec de petites vignettes cliniques, l’importance de la psychanalyse dans la prévention du deuil pathologique. À son avis, le thème de la mort et de l’impuissance doit être également abordé dans les institutions psychanalytiques.

MOTS-CLÉS – mort d’enfant, impuissance, travail de deuil, identification.

(Dé)construire, devenir adulte

Kalyane Fejtö – La déconstruction comme condition du devenir ?

RÉSUMÉ – Les questionnements que suscite le « devenir adulte » donnent lieu à une crise spécifique et s’inscrivent dans un processus que l’on peut qualifier de post-adolescent. Cette crise peut constituer une occasion pour déconstruire – et non pas détruire – certains éléments ayant participé à la construction psychique. Certaines défenses, telles que l’idéalisation de l’objet, masquent en particulier certaines identifications aliénantes révélant certaines fixations aux objets primaires. Un début de cure illustrera la manière dont peut s’amorcer ce remaniement psychique dans le cadre transféro-contre-transférentiel.

MOTS-CLÉS – post-adolescence, idéalisation, identification, déconstruction, construction.

Claire Squires – Sexualité addictive et répétition dans le transfert du sexuel infantile

RÉSUMÉ – Les séductions précoces et les carences affectives auxquelles a été confronté un jeune adulte à la sexualité addictive ont contribué sous l’effet de circonstances traumatiques à subir une certaine désymbolisation, l’incapacité à se représenter mentalement, à lier et à donner sens à des vécus subjectifs qu’il vient interroger en analyse. Il répète dans le transfert les traces du sexuel traumatique.

MOTS-CLÉS – désymbolisation, hypocondrie, jouissance, addiction au sexe, transfert.

CARTE BLANCHE

René Roussillon – Les traumas archaïques et le langage corporel

RÉSUMÉ – L’auteur explore la singularité des traumatismes archaïques et le langage corporel qui les caractérise quand ils n’ont pas pu être suffisamment réorganisés après-coup, en particulier par l’organisation infantile. Il propose ensuite une réflexion sur plusieurs situations cliniques qu’il revisite, bien des années après, et qu’il commente à l’aide des hypothèses qu’il peut proposer maintenant.

MOTS-CLÉS – traumatisme, période archaïque, Langage corporel, intrication pulsionnelle, intégration.

UNE APPROCHE SOCIOLOGIQUE

Panayis Panagiotopoulos – Société traumatique ou réduction de l’anomie. Pour une sociologie des sentiments moraux et des pratiques culturelles dans la Grèce contemporaine

RÉSUMÉ – Cet article propose une analyse sociologique de la société grecque contemporaine à travers le prisme des sentiments moraux et des pratiques culturelles, en mettant en lumière la dialectique entre traumatisme et réduction de l’anomie. Il retrace la rapide modernisation de la Grèce après Seconde Guerre mondiale et la Dictature des colonels, caractérisée par une transition vers une démocratie consumériste où traditions et modernité coexistent de manière complexe. L’auteur invite à considérer la société grecque non pas comme une simple victime de traumatismes, mais comme un acteur capable de gérer cette transformation via un « bricolage social » subtil, incarné par l’affirmation identitaire politique, le rôle structurant de la famille, et la persistance d’un imaginaire traditionaliste. Ces mécanismes palliatifs contribuent à contenir le malaise social et à atténuer les fractures émotionnelles induites par la modernité, faisant ainsi de la Grèce un cas exemplaire pour appréhender les défis culturels et affectifs inhérents au passage vers la modernité.

MOTS-CLÉS – modernisation, trauma social, anomie, Grèce contemporaine, bricolage social, Transition démocratique.

COMMUNICATIONS

Julia-Flore Alibert et Johanna Velt – L’enactment : une chance pour symboliser la mémoire traumatique ?

RÉSUMÉ – Dans cet article, les deux auteures abordent le concept d’enactment. Avec un exemple clinique, elles tentent de montrer qu’il permet la symbolisation de traces traumatiques irreprésentées, puis elles le mettent en relation avec le concept de régrédience des Botella. L’enactment permet d’élaborer les restes, les traces irreprésentées du patient grâce au travail en double du couple analytique, malgré l’apparente allure de voie « courte » de décharge via l’acte.

MOTS-CLÉS – enactment, régrédience, traumatisme, mémoire, symbolisation

Valérie Ji-Sook Burnet – Le fait choisi : la trace versus l’éclat du trauma. Entre fulgurances et tempérances

RÉSUMÉ – À partir du fait choisi de Bion, ce texte distingue l’éclat des traces, par son surgissement, son aveuglement, sa charge pulsionnel, résultat d’une fragmentation. L’analyste en position d’affût mobilise sa capacité négative, sa régrédience et sa tempérance pour recevoir l’informe et rêver les restes non élaborés, pour ouvrir les possibles de la polysémie sémantique. La psychanalyse est en résistance vivante face aux destructivités contemporaines.

MOTS-CLÉS – fait choisi, trauma, éclat, symbolisation, capacité négative, fulgurance.

Bernard Chervet – Métapsychologie du traumatique. Névrose traumatique, travail de la latence et prime de désir

RÉSUMÉ – En réponse à la névrose traumatique élémentaire, la psyché a installé l’amnésie infantile entre la tendance pulsionnelle à l’extinction et la perception des manques ; d’où les corrélations animistes entre les contenus de l’amnésie et les réalités tangibles perçues, avec la possibilité de les mettre en latence. Le traumatique est un effet de la tendance extinctive de toute pulsion et de la non-efficience des impératifs impliqués dans la réalisation des modalités régressives du travail psychique.

MOTS-CLÉS – après-coup, névrose traumatique, régression, extinction, impératif de retenue, libido.

Chantal Duchene Gonzalez – Une construction entre rêves et souvenirs

RÉSUMÉ – Le film, Corps et âme, de la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi sert de trame réflexive aux propos que Jean-Baptiste Dethieux avance dans son propos. Il vient illustrer le fait qu’à partir d’une expérience sensorielle partagée entre deux personnes, celles-ci parviennent à passer d’un sentiment d’inquiétante étrangeté à la construction d’une histoire d’amour.

MOTS-CLÉS – rêve, inquiétante étrangeté, images sensorielles, souvenirs, construction, représentation de choses, représentation de mots.

Alain Fondacci – Le passé joué par la matière

RÉSUMÉ – L’auteur, à partir de Winnicott, insiste sur les conduites du corps en séances conçues comme des mémoires archaïques au travail, actualisées, en attente de récit. « Les parcelles des techniques de soin » de Winnicott, qu’il faut rechercher, témoignent du sort qui fut réservé aux qualités de médium malléable, et de la persistance d’états traumatiques de non-intégration, dans les situations limites. Elles se présentent par les sens, jusqu’à l’hallucinose, et réclament elles aussi leur part d’histoire.

MOTS-CLÉS – actualisation, conduite, aperception, parcelles de soins.

Martin Joubert – « Existe-t-il des fantômes d’action ? » (Trace motrice et symbolisation)

RÉSUMÉ – La sensorialité en séance ramène l’écho d’une sensorialité d’un autre temps. Mais n’est-ce pas aussi par l’affect et par les représentations de mouvement qu’il soulève ? La reconstruction des traumas d’un passé qui n’a pas laissé de souvenir commence par la figuration élémentaire d’un rythme, d’un geste, d’un acte, avant qu’une bribe de souvenir affecté puisse prendre corps. Sa forme émerge de l’hallucinatoire de séance, dont le pouvoir de figuration ouvre à la symbolisation.

MOTS-CLÉS – représentation d’acte, hallucinatoire, symbolisation, deuil, mémoire, Gradiva.

Maurice Khoury – L’Acropole dans les ruses de la mémoire. Le clivage du moi : prémisses

RÉSUMÉ – Dans cet article, l’auteur essaie d’exposer les enjeux de la dialectique représentation/perception à partir de l’introduction du rapport de J.-B. Dethieux autour du texte de Freud « Un trouble de mémoire sur l’Acropole ». Il montre ensuite que ce texte recueille d’éclatants passages qui organisent, dans une sorte d’annonciation anticipatrice, le texte de 1938 sur le clivage : il contient les prémisses et la formalisation du concept de clivage du moi, avec les différents dégagements économiques (création du fétiche) face à la perception et au déni de la castration.

MOTS-CLÉS – Œdipe, mémoire, déni, castration, clivage, fétiche.

Françoise Laurent – Emma, histoires d’après-coup

RÉSUMÉ – Les rapports incitent à revisiter sous l’angle du traumatisme, de l’après-coup, du sexuel et de l’implication personnelle de l’analyste, le trajet d’Emma Eckstein dans les écrits de Freud. Bien que censurée, on a pu relever sa trace à des moments clés de l’autoanalyse de Freud et de son élaboration théorique, d’un bout à l’autre du parcours freudien.

MOTS-CLÉS – Emma Eckstein, traumatisme, après-coup, sexuel, revenants.

Elisa Nicolopoulou – À propos des revenants

RÉSUMÉ – La question du trauma et celle des revenants sont discutées par rapport à une vignette clinique. Suivi durant l’adolescence dans le contexte d’une perte traumatique qui entrave le travail du deuil au cœur de celui de l’adolescence, le patient revient en tant que jeune adulte. La reconnaissance et l’élaboration, quant à sa fonction différenciatrice, de la haine, qui fut la force motrice du lien entre la première et la seconde cure, ont permis l’inscription dans l’historicité subjective des éléments traumatiques non symbolisés, ouvrant la voie à la représentation et vers ce qui serait vraisemblablement le « noyau froid » du traumatisme infantile.

MOTS-CLÉS – traumatisme, revenant, affect, travail de deuil, adolescence, après-coup, mémoire.

Isaac Salem – Les traumatismes précoces ou l’écho d’un traumatisme devenu audible

RÉSUMÉ – Ferenczi découvre que les rêves ont une fonction traumatolytique. Peu de temps après, Freud décrit que les traumatismes ont deux faces, positive et négative. C’est le début de tout une recherche sur le négatif. Parallèlement à la régression formelle de l’analyste, les rêves sont un accès privilégié pour accéder aux traumatismes précoces. La régrédience de la pensée est une voie d’accès à la mémoire sans souvenir. Un exemple clinique d’une patiente psychotique traitée par un psychodrame individuel en groupe illustre cette hypothèse.

MOTS-CLÉS – traumatismes à effets négatifs, rêves, régrédience, psychodrame.

Massimiliano Sommantico – Répétition, crainte de l’effondrement et symbolisation

RÉSUMÉ – L’auteur propose une réflexion sur les rapports entre compulsion de répétition, crainte de l’effondrement et symbolisation. À partir d’une séquence clinique, l’auteur décrit aussi la façon dont l’éprouvé d’une angoisse dans une réactualisation transférentielle a permis à une patiente de retrouver un souvenir et d’expérimenter pour la première fois un évènement traumatique enfoui, en lui fournissant une inscription psychique symbolisante.

MOTS-CLÉS – répétition, mémoire, crainte de l’effondrement, trauma, symbolisation.

Johanna Velt – À propos du texte de Jan Abram : crainte de l’effondrement, trauma et remémoration

RÉSUMÉ – Dans cet article, l’auteure revient sur la présentation de Jan Abram du concept de trauma chez Winnicott. Un détour par les notions de contre-transfert, champ analytique et figurabilité psychique permet de faire des ponts entre Freud et Winnicott sur la question du trauma et de la remémoration, notamment en s’appuyant sur la « Crainte de l’effondrement » de Winnicott (1974), « Remémoration, répétition et perlaboration » (1914) et « Constructions dans l’analyse » (1937), de Freud.

MOTS-CLÉS – trauma, crainte de l’effondrement, répétition, remémoration, construction, figurabilité.

Katarzyna Walewska et Katarzyna Laurent – Les différentes facettes du trauma perdu

RÉSUMÉ – Cette contribution explore les expressions du trauma perdu dans la clinique contemporaine. Katarzyna Walewska relit la dramatisation décrite par F. Bobos à travers la psychopathologie de la honte selon Imre Hermann. Katarzyna Laurent en propose une illustration clinique, où honte primitive, paranoïa et somatisation traduisent la défaillance du lien primaire.

MOTS-CLÉS – trauma, honte primitive, paranoïa, somatisation, symbolisation, fonction alpha.