La Revue Française de Psychanalyse

Freud dans le texte

Freud dans le texte

L’inquiétant (1919)

par S. Freud.

[…]

E.T.A Hoffmann est le maître inégalé de l’inquiétant dans la création littéraire. Son roman, Les Elixirs du diable, offre tout un faisceau de motifs auxquels on aimerait attribuer l’effet inquiétant de l’histoire. Le contenu du roman est trop riche et emmêlé pour qu’on puisse risquer d’en citer un extrait. À la fin du livre, quand sont fournis après coup les présupposés de l’action qui avaient été jusque-là soustraits au lecteur, le résultat n’en est pas d’éclairer le lecteur, mais de le plonger dans une totale confusion. Le poète a accumulé trop de choses similaires ; l’impression de l’ensemble n’en pâtit pas, mais assurément la compréhension. Il faut se contenter de dégager, parmi ces motifs aux effets inquiétants, ceux qui sont les plus saillants, afin d’examiner si, pour eux aussi, une dérivation à partir de sources infantiles est permise. Il s’agit du phénomène du double dans toutes ses gradations et extensions, à savoir l’entrée en scène de personnes qui, du fait d’une même apparence, sont forcément tenues pour identiques ; l’intensification de ce rapport par le passage de processus animiques de l’une de ces personnes à l’autre – ce que nous appellerions télépathie –, de sorte que l’une possède en commun avec l’autre ce qui est su, senti et vécu ; l’identification à une autre personne, de sorte qu’on est désorienté quant à son moi, ou qu’on met le moi étranger à la place du moi propre – donc dédoublement du moi, division du moi, permutation des moi – ; et enfin, le constant retour du mêmea, la répétition des mêmes traits de visage, caractères, destins, actes criminels, voire celle des noms à travers plusieurs générations successives.

Le motif du double a fait l’objet d’une étude approfondie dans le travail d’O. Rank qui porte ce nom[1]. Y sont examinées les relations du double à l’image en miroir et l’image en ombre portée, à l’esprit tutélaire, à la doctrine de l’âme et à la crainte de la mort ; mais du même coup une vive lumière tombe sur la surprenante histoire de l’évolution du motif. Car le double était à l’origine une assurance contre la disparition du moi, un « démenti énergique de la puissance de la mort » (O. Rank), et l’âme « immortelle » fut vraisemblablement le premier double du corps. La création d’un tel dédoublement comme défense contre l’anéantissement a son pendant dans une présentation figurée de la langue du rêve qui aime à figurer la castration par dédoublement ou multiplication du symbole génital ; dans la culture des anciens Égyptiens, elle donne une impulsion à l’art de modeler l’image du défunt dans un matériau durable. Mais ces représentations sont nées sur le terrain de l’amour de soi illimité, celui du narcissisme primaire, lequel domine la vie d’âme de l’enfant comme celle du primitif, et avec le surmontement de cette phase l’indice affectant le double se modifie ; d’assurance de survie qu’il était, il devient l’annonciateur inquiétant de la mort.

La représentation du double ne disparaît pas nécessairement avec ce narcissisme des primes origines, car elle peut acquérir, des stades de développements ultérieurs du moi, un nouveau contenu. Dans le moi se constitue lentement une instance particulière, qui peut s’opposer au reste du moi, qui sert à l’auto-observation et à l’autocritique, qui accomplit le travail de la censure psychique et se fait connaître à notre conscience comme « conscience morale ». Dans le cas pathologique du délire d’être remarqué, elle est isolée, séparée du moi par clivage, perceptible pour le médecin. Le fait qu’existe une telle instance pouvant traiter le reste du moi comme un objet, donc que l’homme est capable d’auto-observation, permet de remplir d’un contenu nouveau l’ancienne représentation du double et de lui attribuer bien des choses, principalement tout ce qui apparaît à l’autocritique comme relevant de l’ancien narcissisme des temps originaires qui a été surmonté[2].

Or ce n’est pas seulement ce contenu heurtant la part critique du moi qui peut être incorporé au double, mais aussi bien toutes les possibilités non réalisées de forger notre destin, auxquelles la fantaisie veut s’accrocher encore, et toutes les aspirations du moi qui n’ont pu se faire une place par suite de circonstances extérieures défavorables, de même que toutes les décisions de la volonté réprimées, qui ont créé l’illusion du libre arbitre[3].

Cependant, après avoir considéré la motivation manifeste de la figure du double, nous ne pouvons que nous dire : rien de tout cela ne nous rend compréhensible le degré extraordinairement élevé d’inquiétance qui s’y attache, et notre connaissance des processus animiques pathologiques nous autorise à ajouter que rien dans ce contenu ne saurait expliquer les efforts défensifs qui le projettent au-dehors du moi comme quelque chose d’étranger. Le caractère de l’inquiétant, en effet, peut seulement venir de ceci que le double est une formation appartenant aux temps originaires de l’âme qui ont été surmontés, formation qui du reste revêtait alors un sens plus favorable. Le double est devenu une image d’effroi, tout comme les dieux, après l’écroulement de leur religion, deviennent des démons [Heine, Les dieux en exilb].

Les autres perturbations du moi utilisées chez Hoffmann sont faciles à apprécier d’après le modèle du motif du double. Il s’agit dans chaque cas d’un retour à telle ou telle phase de l’histoire de développement du sentiment du moi, d’une régression à des époques où le moi ne s’était pas encore rigoureusement délimité par rapport au monde extérieur et à l’autre. Je crois que ces motifs sont responsables ensemble de l’impression de l’inquiétant, même s’il n’est pas facile de dégager sous une forme isolée la part qu’ils prennent à cette impression.

Le facteur de la répétition de ce qui est de même nature ne sera peut-être pas reconnu par tout un chacun comme source du sentiment inquiétant. D’après mes observations, il provoque indubitablement, sous certaines conditions, en combinaison avec des circonstances déterminées, un tel sentiment, lequel, de plus, fait penser au désaide de bien des états de rêve. Un jour que je flânais, par une chaude après-midi d’été, dans les rues inconnues de moi et désertes d’une petite ville italienne, je tombai dans un quartier sur le caractère duquel je ne pus longtemps rester dans le doute. Aux fenêtres des petites maisons, on ne pouvait voir que des femmes fardées, et je me hâtai de quitter cette rue étroite au premier croisement. Mais après avoir un moment tourné en rond sans guide, je me retrouvai soudain dans la même rue où je commençai alors à faire sensation, et mon éloignement hâtif eut pour seule conséquence de m’y faire retomber une troisième fois par un nouveau détour. Mais alors s’empara de moi un sentiment que je ne puis qualifier que d’inquiétant, et je fus bien content, renonçant à poursuivre mes explorations, de me retrouver sur la piazza que j’avais quittée peu de temps auparavant. D’autres situations, ayant en commun avec celle que je viens de décrire ce retour non intentionnel et s’en distinguant fondamentalement sur les deux autres points, ont pourtant pour conséquence le même sentiment de désaide et d’inquiétance. Par exemple, lorsqu’on s’est égaré dans une futaie, surpris peut-être par le brouillard, et qu’en dépit de tous les efforts pour trouver un chemin balisé ou connu on revient de façon répétée au même endroit caractérisé par une configuration particulière. Ou bien lorsqu’on tourne dans une pièce inconnue et obscure à la recherche de la porte ou de l’interrupteur, et que, ce faisant, on entre en collision pour la énième fois avec le même meuble, situation que Marl Twain, en l’exagérant il est vrai jusqu’au grotesque, a transformé en une situation d’un comique irrésistiblec.

Dans une autre série d’expériences, nous reconnaissons également sans peine que c’est seulement le facteur de la répétition non intentionnelle qui rend inquiétant ce qui sinon serait anodin et qui nous impose l’idée du néfaste, de l’inéluctable, là où sinon nous aurions seulement parlé de « hasard ». Ainsi par exemple est-ce assurément une expérience vécue indifférente que de recevoir, en échange de ses habits déposés au vestiaire, un ticket marqué d’un certain nombre – disons : 62 –, ou de constater que la cabine qui nous a été attribuée sur un bateau porte ce numéro. Mais cette impression se modifie si ces deux événements en soi indifférents se rapprochent au point qu’on est confronté plusieurs fois dans la même journée au nombre 62, et si de plus on venait ensuite à faire l’observation que tout ce qui porte un nombre (adresses, chambres d’hôtel, wagons de chemin de fer, etc.) ne cesse de ramener le même nombre, au moins comme composant. On trouve cela « inquiétant », et quiconque n’est pas cuirassé contre les tentations de la superstition se trouvera enclin à attribuer à ce retour obstiné du même nombre une signification secrètec, à y voir par exemple une référence au temps de vie qui lui est assignéd. Ou bien si l’on est justement en train d’étudier les écrits du grand physiologiste H. Heringe et qu’à ce moment-là, à peu de jours d’intervalle, on reçoive de pays distincts des lettres de deux personnes de ce nom, alors que jusque-là on n’était jamais entré en relation avec des gens s’appelant ainsi. Un chercheur en sciences de la nature, esprit éminent, a récemment tenté de soumettre des événements de ce genre à certaines lois, ce par quoi l’impression de l’inquiétant serait forcément supprimé. Je ne me hasarderai pas à décider s’il a réussi[4].

Comment l’inquiétant lié au retour sous une même forme doit être dérivé de la vie d’âme infantile, je ne puis ici que l’évoquer, et il me faut renvoyer pour cela à une présentation détaillée déjà faite dans un autre contextef. Dans l’inconscient animique, en effet, on peut reconnaître la domination d’une contrainte de répétition émanant des motions pulsionnelles, qui dépend vraisemblablement de la nature la plus intime des pulsions elles-mêmes, qui est assez forte pour se placer au-dessus du principe de plaisir, qui confère à certains côtés de la vie d’âme un caractère démonique, qui se manifeste très nettement dans les tendances du petit enfant et qui domine une part du cours de la psychanalyse du névrosé. Nous sommes préparés par toutes les considérations précédentes à ce quez soit éprouvé comme inquiétant cela même qui peut faire penser à cette contrainte de répétition interne.

Mais je pense qu’à présent il est temps de nous détourner de ces données, dont il est d’ailleurs difficile de juger, et de nous mettre en quête de cas indubitables d’inquiétant, dont il nous est permis d’attendre que l’analyse décidera définitivement de la validité de notre hypothèse.

Dans « l’anneau de Polycrate »g, l’invité se détourne avec horreurh, parce qu’il remarque que chaque souhait de son ami s’accomplit aussitôt, que chacun de ses soucis est supprimé sans délai par le destin. Son hôte est devenu pour lui « inquiétant ». L’argument qu’il donne lui-même – celui qui est trop heureux doit redouter l’envie des dieux – nous paraît encore opaque, son sens est mythologiquement voilé. Allons donc chercher un autre exemple, emprunté à un ordre de choses beaucoup plus modeste : dans l’histoire de maladie d’un névrosé de contrainte[5], j’ai raconté que ce malade avait fait une fois un séjour dans un établissement hydrothérapique, dont il avait retiré une grande amélioration. Mais il était assez avisé pour attribuer ce succès non pas à la vertu curative de l’eau, mais à la situation de sa chambre qui se trouvait à proximité immédiate de celle d’une charmante soignante. Lorsqu’il revint pour la deuxième fois dans cet établissement, il réclama de nouveau la même chambre, mais il dut s’entendre dire qu’elle était déjà occupée par un vieux monsieur, et il exprima sa mauvaise humeur en ces termes : « Eh bien ! pour ça, il va être frappé d’une attaque. » Quinze jours plus tard, le vieux monsieur fut effectivement victime d’une attaque. Pour mon patient, cela fut une expérience vécue « inquiétante ». L’impression de l’inquiétant aurait été encore plus forte si un laps de temps beaucoup plus court s’était écoulé entre cette exclamation et l’accident, ou si le patient avait pu faire état d’un grand nombre d’expériences vécues tout à fait semblables. En fait, il ne fut pas embarrassé pour trouver de telles confirmations, mais il n’est pas le seul, tous les névrosés de contrainte que j’ai étudiés étaient en mesure de raconter sur eux-mêmes des faits analogues. Ils n’étaient pas du tout surpris de rencontrer régulièrement la personne à laquelle ils venaient justement de penser – et ce, peut-être après un long intervalle – ; d’habitude ils recevaient régulièrement le matin une lettre d’un ami, quand ils avaient dit la veille au soir : « Tiens, voilà longtemps qu’on n’a pas eu de nouvelle de celui-là », et surtout les malheurs et les décès se produisaient rarement sans avoir un instant auparavant effleuré leurs pensées. D’habitude, ils exprimaient cet état de fait de la manière la plus modérée, en affirmant avoir des « pressentiments » qui se confirment « la plupart du temps ».

L’une des formes de superstition les plus inquiétantes et les plus répandues est l’angoisse du « mauvais œili », qui a fait l’objet d’un traitement approfondi par l’ophtalmologiste hambourgeois S. Seligmann[6]. La source à laquelle puise cette angoisse semble n’avoir jamais été méconnue. Celui qui possède quelque chose de précieux et pourtant fragile a peur de l’envie des autres en projetant sur eux cette envie qu’il aurait éprouvée dans le cas inverse. On trahit de telles motions par le regard, même quand on leur refuse l’expression verbale, et quand quelqu’un tranche sur les autres par des caractéristiques frappantes, d’un genre qu’on n’aurait pas particulièrement souhaité, on présume de lui que son envie atteindra une intensité particulière et alors transposera aussi cette intensité en action. On redoute dont une intention secrètej de nuire, et sur la foi de certains indices, on suppose que cette intention a aussi la force à sa disposition.

Les derniers exemples d’inquiétant mentionnés dépendent de ce principe que j’ai nommé, en suivant la suggestion d’un patientk, la « toute-puissance » des pensées ». Nous ne pouvons plus désormais méconnaître le terrain sur lequel nous nous trouvons. L’analyse des cas d’inquiétant nous a ramenés à cette ancienne conception du monde qu’est l’animisme, qui se caractérisait par le peuplement du monde avec des esprits humains, par la surestimation narcissique des processus animiques propres, la toute-puissance des pensées et la technique de la magie fondée sur elle, l’attribution à des personnes et à des choses étrangères de forces d’enchantement aux gradations soigneusement établies (mana), ainsi que par toutes les créations grâce auxquelles le narcissisme illimité de cette période de l’évolution se défendait contre l’objection irrécusable de la réalité. Il semble qu’au cours de notre développement individuel nous ayons traversé une phase correspondant à cet animisme des primitifs, qu’elle ne se soit déroulée chez aucun d’entre nous sans laisser des restes et des traces encore capables de s’exprimer, et que tout ce qui nous paraît aujourd’hui « inquiétant » remplisse la condition qui est de toucher à ces restes d’une activité d’âme animiste et de les inciter à s’exprimer.

Ici trouvent maintenant leur place deux remarques dans lesquelles je voudrais consigner le contenu essentiel de cette petite investigation. Premièrement, si la théorie psychanalytique a raison quand elle affirme que tout affect d’une motion de sentiment, de quelque mode qu’il soit, est transformé en angoisse par le refoulement, il faut qu’il y ait parmi les cas angoissant un groupe où l’on puisse montrer que cet angoissant est quelque chose de refoulé qui fait retour. Ce mode d’angoissant serait justement l’inquiétant, et ici, il est forcément indifférent qu’à l’origine cet inquiétant ait été lui-même angoissant ou bien qu’il ait été porté par un autre affect. Deuxièmement, si telle est effectivement la nature secrètel de l’inquiétant, nous comprenons que l’usage de la langue fasse passer le Heimlich en son opposé, l’Unheimlich (p. 153sq.), car cet Unheimlich n’est effectivement rien de nouveau ou d’étranger, mais quelque chose qui est pour la vie d’âme de tout temps familier, et qui ne lui a été rendu étranger que par le procès du refoulement. La mise en relation avec le refoulement éclaire aussi maintenant pour nous la définition de Schelling selon laquelle l’inquiétant serait quelque chose qui aurait dû rester dans le monde du caché et qui est venu au jour.

[…]


a die beständige Wiederkehr des Gleichen. Allusion probable à Nietzsche.

[1] O. Rank, Le Double [Der Doppelgänger], Imago, 1914 [97-164].

[2] Je crois que quand les poètes se plaignent de ce que deux âmes habitent dans la poitrine de l’hommea, et quand les psychologues populaires parlent du clivage du moi en l’homme, c’est cette désunion, ressortissant à la psychologie du moi, entre l’instance critique et le reste du moi qu’ils ont en tête, et non la relation d’opposition, mise à découvert par la psychanalyse, entre le moi et le refoulé inconscient. Il est vrai que cette différence est estompée du fait que parmi ce qui est rejeté par la part critique du moib se trouvent en premier lieu les rejetons du refoulé.

[3] Dans l’œuvre de H.H. Ewersc, « L’étudiant de Prague », dont est partie l’étude de Rank sur le double, le héros a promis à sa fiancée de ne pas tuer son adversaire dans le duel. Mais voilà que sur le chemin menant au lieu du duel vient à sa rencontre le double, qui a déjà liquidé le rival.

a Freud transpose ici le vers 1112 du Premier Faust de Goethe :

« Zwei Seelen wohnen, ach ! in meiner Brust… »

[Deux âmes, hélas, habitent en ma poitrine]

b « part critique du moi » traduit Ich-Kritik.

c Hanns Heins Ewers (1871-1943).

b Die Göetter im Exil, in Vermischte Schriften, t. I, p. 77, Hambourg, Hoffmann und Campe, 1854, où Heine parle de « la transformation en démons qu’ont subie les divinités gréco-romaines lorsque le christianisme parvint à l’hégémonie dans le monde ».

c Mark Twain, A Tramp Abroad (Un vagabond à l’étranger), Londres, Chatto et Windus, 1880, I, 107.

c geheim.

d Freud lui-même avait atteint l’âge de soixante-deux ans un an plus tôt, en 1918.

e Il s’agit plus vraisemblablement de Ewald Hering (1834-1918).

[4] P. Kammerer (1880-1926), La loi de la série (Das Gesetz der Serie], Vienne [Stuttgart und Berlin, Deutsche Verlags-Anstalt], 1919.

f Au-delà du principe de plaisir, publié un an après le présent essai (1920).

g Ballade de Schiller inspirée d’Hérodote (1797).

h Ces six mots sont la reprise littérale du vers 91 de la ballade.

[5] Remarques sur un cas de névrose de contrainte [« Bermerkungen über einen Fall von Zwangsneurose, GW, VII ; OCF-P, IX, p. 202].

i der Böse Blick. Mot à mot : le mauvais regard.

[6] Siegfried Seligmann (1870-1926)]. Le mauvais œil et faits apparentés [Der Böse Blick und Verwandtes], 2 vol., Berlin, [H. Bardsdorf] 1910 et 1911.

j geheim.

k L’homme aux rats, voir supra, n. 5.

l geheim.

Freud, Œuvres complètes. Psychanalyse, t. XV, 1916-1920, Paris, Puf, 2012, p. 147-188 (extrait).

Le trouble de vision psychogène dans la conception psychanalytique (1910)

Par S. Freud

[…]

Des expérimentations judicieuses ont montré que les aveugles par hystérie voient malgré tout, en un certain sens, quoique non au sens plein. Les excitations de l’œil aveugle peuvent malgré tout avoir certaines conséquences psychiques, par exemple provoquer des affects, bien qu’elles ne deviennent pas consciente.

Les aveugles par hystérie ne sont donc aveugles que pour la conscience, dans l’inconscient ils sont voyants. Ce sont justement des expériences de cette sorte qui nous oblige à faire le départ entre processus animique conscient et inconscient. D’où vient qu’ils développent « l’auto suggestion » inconsciente d’être aveugle alors que dans l’inconscient pourtant ils voient.

[…]

Les mêmes organes et système d’organes sont d’une manière générale à la disposition des pulsions sexuelles tout comme des pulsions du moi. Le plaisir sexuel n’est pas seulement rattaché à la fonction des organes génitaux ; la bouche sert au baiser tout aussi bien qu’au manger à la communication langagière, les yeux ne perçoivent pas seulement les modifications du monde extérieur, importantes pour la conservation de la vie, mais également les propriétés des objets par lesquels ceux-ci sont élevés au rang d’objet du choix d’amour, leurs « attraits[1] ». Il se confirme dès lors qu’il n’est facile pour personne de servir deux maîtres à la fois.

Plus un organe doué de cette double fonction entre en relation intime avec l’une des grandes pulsions, plus il se refuse[2] à l’autre. Ce principe conduit forcément à des conséquences pathologiques si les deux fonctions fondamentales se sont désunies, si de la part du moi un refoulement est entretenu contre la pulsion partielle sexuelle en question.

L’application à l’œil et à la vision se révèle aisée. Si la pulsion partielle sexuelle qui se sert du regard, le plaisir-désir de regarder sexuel, a attiré sur elle, en raison de ses prétentions excessives, la contre-offensive des pulsions du moi, si bien que les représentations dans lesquelles s’exprime sa tendance succombent au refoulement et sont tenues à l’écart du devenir-conscient, alors la relation de l’œil et de la vision au moi et à la conscience se trouve tout à fait troublée.

Le moi a perdu sa domination sur l’organe qui se met désormais entièrement à la disposition de la pulsion sexuelle refoulée. On a l’impression que de la part du moi, le refoulement va trop loin, qu’il jette l’enfant avec l’eau du bain, du fait que le moi ne veut à présent plus rien voir, dès lors que dans la vision les intérêts sexuels se sont tellement poussés en avant.

Mais il y a certes plus de pertinence dans l’autre présentation qui reporte l’activité du côté du plaisir-désir de regarder-refoulé. C’est la vengeance, le dédommagement de la pulsion refoulée que, tenue à l’écart de tout épanouissement psychique ultérieur, elle soit à même d’accroître sa domination sur l’organe à son service. La perte de la domination consciente sur l’organe est la formation substitutive nuisible, en place du refoulement raté qui n’était rendu possible qu’à ce prix.

Plus nettement encore que dans le cas de l’œil, cette relation qu’a l’organe, revendiqué de deux côtés, avec le moi conscient et avec la sexualité refoulée est visible dans le cas des organes moteurs, lorsque par exemple la main qui voulait exécuter une agression sexuelle est hystériquement paralysée et, l’agression une fois inhibée, ne peut plus rien faire d’autre, quasiment comme si elle s’en tenait avec entêtement à l’exécution de cette seule innervation refoulée, où lorsque les doigts de personnes qui ont renoncé à la masturbation se refusent[3] à apprendre le subtil jeu de mouvement que requiert le piano ou le violon. Pour l’œil, nous avons coutume de traduire les obscurs processus psychiques intervenant lors du refoulement du plaisir-désir de regarder sexuel et lors de l’apparition du trouble de vision psychogène, comme si s’élevait dans l’individu une voix punitive qui dît : « puisque tu voulais mésuser de ton organe de la vision pour un mauvais plaisir des sens c’est très bien fait pour toi si tu ne vois plus rien du tout » et qui approuvât ainsi l’issue du procès.

Alors il y a là inclusion l’idée du talion et à vrai dire notre explication du trouble de vision psychogène a coïncider avec celle qui est proposée par la fable, le mythe, la légende.

Dans la belle fable de Lady Godiva[4], tous les habitants de la petite ville se cachent derrière leurs fenêtres fermées pour rendre plus facile à la dame la tache de parcourir les rues en plein jour, nue sur un cheval. Le seul qui épie à travers ses persiennes la beauté dénudée est puni en devenant aveugle. Ce n’est d’ailleurs pas le seul exemple qui nous fasse pressentir que la névrotique[5] recèle aussi la clé de la mythologie.


[1] Reize. Dans d’autres contextes, Reiz est traduit par « stimulus »

[2] Verweigrt sich.

[3] Such weigern.

[4] Épouse du comte de Chester, Leofric. Elle n’obtint de son mari un allégement des impôts qui écrasaient la population de Coventry qu’à la condition de traverser la ville entièrement nue sur un cheval.

[5] Die Neurotik : le champ des névroses.

Josef Popper-Lynkeus et la théorie du rêve (1923f)

En 1923, Freud écrit un petit texte, « Joseph Popper-Lynkeus et la théorie du rêve », dans lequel il revient sur l’importance du concept de déformation (Die Entstellung) qu’il considère comme « sa seule et unique découverte » ayant permis tous ses développements ultérieurs. Freud avait montré l’importance de ce processus dans le chapitre IV de la Traumdeutung (1900) auquel il avait donné pour titre « La déformation ».

À cette époque, Freud relie la déformation aux pensées latentes, elles-mêmes reliées à un désir inconscient. Ces pensées latentes réapparaissent sous une forme déguisée dans le produit (contenu ?) manifeste du rêve et on peut les retrouver via l’interprétation. Freud considère donc déjà en 1900 que la déformation est une exigence imposée par la censure qui assure cette fonction de dissimulation. La déformation des pensées latentes a aussi pour fonction de représenter les désirs infantiles refoulés qui ne peuvent être connus que par le biais du travail de rêve. Cependant, la pensée de Freud évolue au fil du temps, car ce sont les qualités des désirs infantiles qu’on doit dissimuler, voire celles de l’inconscient lui-même. Enfin, c’est l’exigence de la censure puis du surmoi qui, s’opposant au traumatique inconscient, réalise le travail de déformation.

Dans ce texte de 1923, Freud revient à sa conception première d’une déformation due aux « grandes valeurs morales et esthétiques ». On peut se demander si, au nom de son admiration pour Popper-Lynkeus, Freud ne met pas de côté toutes les autres fonctions de la déformation qu’il a progressivement découvertes. Mais ce texte, peu connu, mérite de l’être.

Sabina Lambertucci-Mann

Josef Popper-Lynkeus et la théorie du rêve (1923f)

Par S. FREUD

Sur l’apparence d’originalité scientifique, il y a beaucoup de choses intéressantes à dire. Lorsqu’en science émerge une idée nouvelle, à qui tout d’abord est attribuée valeur de découverte, et qui en règle générale est combattue aussi comme telle, l’exploration objective ne tarde pas à mettre en évidence qu’à vrai dire elle n’est pourtant pas une nouveauté. En règle générale, elle a déjà été produite de façon répétée, puis de nouveau oubliée, souvent à des périodes fort éloignées les unes des autres. Ou bien, elle a eu tout au moins des précurseurs, a été indistinctement pressentie ou imparfaitement énoncée. Tout cela est trop précisément connu pour nécessiter un plus ample développement.

Mais le côté subjectif de l’originalité, lui aussi, mérite qu’on s’y attache. Un travailleur scientifique peut bien une fois se poser la question de savoir d’où viennent les idées lui appartenant en propre, qu’il a appliquées à son matériel. Il trouve alors pour une partie d’entre elles, sans beaucoup de réflexion, jusqu’à quelles incitations il remonte, quelles indications provenant d’un autre côté il a ainsi ramassées, modifiées et développées dans toutes leurs conséquences. Pour une autre part de ses idées il ne peut rien confesser de tel, il lui faut admettre que ces pensées et points de vue ont pris naissance – il ne sait comment – dans sa propre activité de pensée, c’est par eux qu’il soutient sa prétention à l’originalité.

Une investigation psychologique soigneuse restreint alors encore davantage cette prétention. Elle met à découvert des sources dissimulées, depuis longtemps oubliées, d’où a jailli l’incitation produisant les idées apparemment originales, et à la place de la néo-création présumée elle met une revivification de l’oublié dans l’application à un nouveau matériau. Il n’y a là rien à regretter ; on n’avait en effet aucun droit d’attendre que l’« original » fût quelque chose de non dérivable, d’indéterminé. C’est de cette façon que, dans mon cas aussi, l’originalité de nombreuses pensées nouvelles que j’avais utilisées dans l’interprétation du rêve et dans la psychanalyse s’est volatilisée. D’une seule de ces pensées j’ignore la provenance. Elle est justement devenue la clef de ma conception du rêve et elle m’a aidé à résoudre ses énigmes, pour autant qu’elles soient, jusqu’à ce jour, devenues résolubles. Je suis parti du caractère étrange, embrouillé, insensé de tant de rêves, et en suis venu à l’idée que le rêve devait devenir tel parce que, en lui, quelque chose lutte pour l’expression, quelque chose qui a contre soi la résistance d’autres puissances de la vie d’âme. Dans le rêve s’agitent des motions secrètes qui sont en contradiction avec l’aveu, pour ainsi dire officiel, éthique et esthétique, du rêveur ; c’est pourquoi le rêveur a honte de ces motions, s’en détourne le jour, n’en veut rien savoir, et s’il ne peut, de nuit, leur défendre toute forme d’expression, il les contraint à la déformation de rêve, par laquelle le contenu de rêve apparaît embrouillé et insensé. La puissance animique en l’homme, qui tient compte de cette contradiction interne et qui déforme, au profit des revendications conventionnelles ou même des revendications morales suprêmes, les motions pulsionnelles du rêve, je l’ai nommée la censure de rêve.

Or c’est justement ce pan essentiel de ma théorie du rêve que Popper-Lynkeus a lui-même trouvé. Qu’on se réfère à la citation suivante tirée de son récit « Rêver de même façon que veiller » dans les « Fantaisies d’un réaliste » qui, à coup sûr, ont été écrites sans la connaissance de ma « Théorie du rêve » publiée en 1900 [L’interprétation du rêve], tout comme alors, moi non plus, je ne connaissais pas encore les Fantaisies de Lynkeus :

« D’un homme, qui a la propriété remarquable de ne jamais rêver de non-sens […] » « Cette magnifique propriété de rêver de même façon que veiller repose sur tes vertus, sur ta bonté, sur ton équité, ton amour de la vérité : c’est la clarté morale de ta nature qui me rend tout compréhensible en toi. »

« Mais tout bien considéré, répliqua l’autre, je ne suis pas loin de croire que tous les hommes sont faits comme moi, et qu’absolument personne ne rêve jamais de non-sens ! Un rêve dont on se souvient si nettement qu’on ne peut le raconter qu’après, qui n’est donc pas un rêve de fièvre, a toujours du sens. Et il ne peut absolument pas en être autrement ! Car ce qui est en contradiction réciproque ne pourrait évidemment pas se grouper en un tout. Le fait que temps et lieu se télescopent souvent l’un l’autre n’ôte absolument rien à la véritable teneur du rêve, car tous deux ont été à coup sûr sans significativité pour son contenu essentiel. N’en faisons-nous pas souvent autant dans la veille : pense au conte, à tant de formations de fantaisie pleines de sens, dont seul celui qui ne comprend pas dirait : cela va contre le sens ! Car ce n’est pas possible ! »

« Si l’on savait seulement interpréter les rêves toujours exactement ainsi que tu viens de le faire pour le mien ! » dit l’ami.

« Cela n’est certes pas une tâche facile, mais au prix de quelque attention celui qui rêve ne devrait pas manquer d’y réussir toujours. Pourquoi la plupart du temps cela ne réussit pas toujours ? Il semble chez vous y avoir quelque chose de caché dans les rêves, quelque chose d’impudique, d’une espèce propre à vous et plus élevée, un certain côté secret en votre être, qui est difficile à imaginer ; et c’est pourquoi ce que vous rêvez semble si souvent dénué de sens et même être un contresens. Mais dans le tréfonds il n’en va pas ainsi ; en vérité il ne peut absolument pas en être autrement, car c’est toujours le même homme, qu’il veille ou qu’il rêve. »

Je crois que ce qui m’a rendu capable de dépister la cause de la déformation de rêve fut mon courage moral. Chez Popper ce fut la pureté, l’amour de la vérité et la clarté morale de son être.

Freud, Œuvres complètes. Psychanalyse, t. XVI, Paris, Puf, 1991, p. 317-319.

De quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l’homosexualité

Par S. FREUD

Traduit de l’allemand par Jacques LACAN

(Paru pour la première fois dans Internationale Zeilschriftfûr Psychoanalyse, Bd VIII, 1922)

A) La jalousie ressortit à ces états affectifs que l’on peut classer, comme on le fait pour la tristesse, comme états normaux. Quand elle paraît manquer dans le caractère et la conduite d’un homme, on est justifié à conclure qu’elle a succombé à un fort refoulement, et en joue dans la vie inconscient un rôle d’autant plus grand. Les cas de jalousie anormalement renforcée, auxquels l’analyse a affaire se montrent triplement stratifiés. Ces trois assises ou degrés de la jalousie méritent les dénominations de :

  • jalousie de concurrence, ou jalousie normale ;
  • jalousie de projection ;
  • jalousie délirante.

Sur la jalousie normale, il y a peu à dire du point de vue de l’analyse. Il est facile de voir qu’essentiellement elle se compose de la tristesse ou douleur de croire perdu l’objet aimé, et de la blessure narcissique, pour autant que celle-ci se laisse isoler de la précédente ; elle s’étend encore aux sentiments d’hostilité contre le rival préféré, et, dans une mesure plus ou moins grande, à l’autocritique qui veut imputer au propre moi du sujet la responsabilité de la perte amoureuse. Cette jalousie, pour normale que nous la dénommions, n’est pour cela nullement rationnelle, je veux dire issue de situations actuelles, commandée par le moi conscient en fonction de relations réelles et uniquement par lui. Elle prend, en effet, sa racine profonde dans l’inconscient, prolonge les toutes primes tendances de l’affectivité infantile, et remonte au complexe d’Œdipe et au complexe fraternel, qui sont de la première période sexuelle. II reste très digne de remarque qu’elle soit vécue par maintes personnes sous un mode bisexuel, je veux dire chez l’homme, qu’à part la douleur au sujet de la femme aimée et la haine contre le rival masculin, une tristesse aussi, qui lient à un amour inconscient pour l’homme, et une haine contre la femme, vue comme rivale, agissent en lui pour renforcer le sentiment. Je sais un homme qui souffrait très fort de ses accès de jalousie, el qui selon son dire, traversait ses tourments les plus durs dans une substitution imaginative consciente à la femme infidèle. La sensation qu’il éprouvait alors d’être privé de tout recours, les images qu’il trouvait pour son état, se dépeignant comme livré, tel Prométhée, à la voracité du vautour, ou jeté enchaîné dans un nid de serpents, lui-même les rapportait à l’impression laissée par plusieurs agressions homosexuelles, qu’il avait subies. tout jeune garçon.

La jalousie du second degré, jalousie de projection, provient chez l’homme comme chez la femme, de l’infidélité propre du sujet, réalisée dans la vie, ou bien d’impulsions à l’infidélité qui sont tombées dans le refoulement. C’est un fait d’expérience quotidienne, que la fidélité, surtout celle qu’on exige dans le mariage, ne se maintienne qu’au prix d’une lutte contre de constantes tentations, Celui-là même qui en soi les nie, ressent pourtant leur pression avec une telle force, qu’il sera enclin à adopter un mécanisme inconscient pour se soulager, Il atteindra ce soulagement, j’entends l’absolution de sa conscience, en projetant ses propres impulsions à l’infidélité sur la partie opposée, à qui il doit fidélité. Ce motif puissant peut alors se servir des données immédiates de l’observation qui trahissent les tendances inconscientes de même sorte de l’autre partie, et trouverait encore à se justifier par la réflexion que le ou la partenaire, selon toute vraisemblance, ne vaut pas beau­ coup plus que l’on ne vaut soi-même (1).

Les usages sociaux ont mis ordre à ce commun état de choses avec beaucoup de sagesse, en laissant un certain champ au goût de plaire de la femme mariée et au mal de conquête du mari. Par celle licence, on tend à drainer l’irrépressible tendance à l’infidélité et à la rendre inoffensive, La convention établit que les deux parties n’ont pas mutuellement à se tenir compte de ces menus entrechats sur le versant de l’infidélité, et il arrive le plus souvent que le désir qui s’enflamma à un objet étranger s’assouvisse, dans un retour au bercail de la fidélité, près de l’objet qui est le sien. Mais le jaloux ne veut pas reconnaître cette tolérance conventionnelle, il ne croit pas qu’il y ait d’arrêt ni de retour dans cette voie une fois prise. Ni que ce jeu de société, qu’est le « flirt » même, puisse être une assurance contre la réalisation de l’infidélité. Dans le traitement d’un tel jaloux on doit se garder de discuter les données de fait sur lesquelles il s’appuie ; on ne peut viser qu’à le déterminer à les apprécier autrement.

La jalousie qui tire origine d’une telle projection a déjà presque­ un caractère délirant, mais elle ne s’oppose pas au travail analytique qui révélera les fantasmes inconscients, propres à l’infidélité du sujet lui-même.

Il en va moins bien de la jalousie de la troisième espèce, jalousie véritablement délirante. Elle aussi vient de tendances réprimées à l’infidélité, mais les objets de ses fantasmes sont de nature homosexuelle. La jalousie délirante répond à une homosexualité « tournée à l’aigre », et a sa place toute désignée parmi les formes classiques de la paranoïa. Essai de défense contre une trop forte tendance homosexuelle, elle pourrait (chez l’homme) se laisser circonscrire par cette formule : Je ne l’aime pas lui, c’est elle qui l’aime (2).

Dans un cas donné de délire de jalousie, il faut s’attendre à voir la jalousie tirer sa source de l’ensemble de ces trois assises, jamais seulement de la troisième.

B) La paranoïa – Pour des raisons connues, les cas de paranoïa se soustraient le plus souvent à l’examen analytique. Cependant, j’ai pu ces derniers temps tirer de l’étude intensive des deux paranoïaques quelque chose qui était pour moi

Le premier cas fut celui d’un jeune homme qui présentait, pleinement épanouie, une paranoïa de jalousie, dont l’objet était son épouse d’une fidélité au-dessus de tout reproche. Il sortait alors d’une période orageuse, dans laquelle il avait été dominé sans rémission par son délire. Lorsque je le vis, il présentait encore des accès bien isolés qui duraient plusieurs jours, et, point intéressant, débutaient régulièrement le lendemain d’un acte sexuel, qui se passait d’ailleurs à la satisfaction des deux parties. On est en droit d’en conclure qu’à chaque fois, après que fut assouvie la libido hétérosexuelle, la composante homosexuelle, réveillée avec elle, se frayait son expression par l’accès de jalousie.

Le malade tirait les faits dont prenait donnée son accès, de l’observation des plus petits signes par où la coquetterie pleinement inconsciente de la femme s’était trahie pour lui, là où nul autre n’eût rien vu. Tantôt elle avait frôlé de la main par mégarde le monsieur qui était à côté d’elle, tantôt elle avait trop penché son visage vers lui et lui avait adressé un sourire plus familier que si elle était seule avec son mari. Pour toutes ces manifestations de son inconscient il montrait une attention extraordinaire et s’entendait à les interpréter avec rigueur, si bien qu’à vrai dire il avait toujours raison et pouvait encore en appeler à l’analyse pour confirmer sa jalousie. En vérité, son anomalie se réduisait à ce qu’il portait sur l’inconscient de sa femme une observation trop aiguë et qu’il y attachait beaucoup plus d’importance qu’il ne serait venu à l’idée de tout autre.

Souvenons-nous que les paranoïaques persécutés se comportent de façon tout à fait analogue. Eux aussi ne reconnaissent chez autrui rien d’indifférent et, dans leur « délire de relation », sollicitent les plus petits indices que leur livrent les autres, les étrangers. Le sens de ce délire de relation est précisément qu’ils attendent de tous les étrangers quelque chose comme de l’amour, mais les autres ne leur montrent rien de pareil, ils se gaussent en leur présence, brandissent leurs cannes et crachent aussi bien par terre sur leur passage, et réellement c’est là ce qu’on ne fait pas lorsqu’on prend à la personne qui est dans le voisinage le moindre intérêt amical. Ou alors, on ne fait cela que lorsque cette personne vous est tout à fait indifférente, lorsqu’on peut la traiter comme l’air ambiant, et le paranoïaque n’a, quant à la parenté foncière des concepts d’«étranger » et d’« hostile » pas si grand tort en ressentant une telle indifférence, en réponse à son exigence amoureuse à la façon d’une hostilité.

Nous soupçonnons maintenant qu’est peut-être insuffisante notre description de la conduite des paranoïaques, tant du jaloux que du persécuté, quand nous disons qu’ils projettent au dehors sur autrui ce qu’ils se refusent à voir dans leur for intérieur.

Certes, c’est ce qu’ils font, mais par ce mécanisme ils ne projettent pour ainsi dire, rien en l’air, ils ne créent rien là où il n’y a rien, bien plutôt se laissent-ils guider par leur connaissance de l’inconscient, en déplaçant sur l’inconscient d’autrui cette attention qu’ils soustraient au leur propre. Que notre jaloux reconnaisse l’inconstance de sa femme, il la substitue à la sienne ; en prenant conscience des sentiments de celle-ci, déformés et monstrueusement amplifiés, il réussit à maintenir inconscients ceux qui lui reviennent. En prenant son exemple pour typique, nous conclurons que l’hostilité, que le persécuté découvre chez les autres, n’est aussi que le reflet de ses propres sentiments hostiles à leur égard. Or, nous savons que, chez le paranoïaque, c’est justement la personne de son sexe qu’il aimait le plus, qui se transforme en persécuteur ; dès lors surgit le point de savoir d’où naît cette interversion affective, et la réponse qui s’offre à nous serait que l’ambivalence toujours présente du sentiment fournit la base de la haine, et que la prétention à être aimé, faute d’être comblée, la renforce. Ainsi, l’ambivalence du sentiment rend au persécuté le même service pour se défendre de son homosexualité que la jalousie à notre patient.

Les rêves de mon jaloux me réservaient une grande surprise. À vrai dire, ils ne se montraient jamais simultanément avec l’explosion de l’accès, mais pourtant encore sous le coup du délire ; ils étaient complètement purs d’élément délirant, et laissaient reconnaître les tendances homosexuelles sous-jacentes sous un déguisement non moins pénétrable qu’il n’était habituel autrement. Dans ma modeste expérience des rêves des paranoïaques, je n’étais dès lors pas loin d’admettre que communément la paranoïa ne pénètre pas dans le rêve.

L’état d’homosexualité se saisissait chez ce patient à première vue. Il n’avait cultivé ni amitié ni aucun intérêt social ;·l’impression s’imposait d’un délire auquel serait incombée la charge de l’évolution de ses rapports avec l’homme, comme pour lui permettre de rattraper une part de ce qu’il avait manqué à réaliser. La mince importance du père dans sa famille et un trauma homosexuel humiliant dans ses primes années de jeune garçon avaient concouru à réduire au refoulement son homosexualité et à lui barrer la route vers la sublimation. Sa jeunesse tout entière fut dominée par un fort attachement à la mère. De plusieurs fils, il était le chéri avoué de sa mère, et il épanouit à son endroit une forte jalousie du type normal. Lorsque plus tard il se décida pour un mariage, décision prise sous le coup de ce motif essentiel d’apporter la richesse à sa mère, son besoin d’une mère virginale s’exprima dans des doutes obsessionnels sur la virginité de sa fiancée. Les premières années de son mariage furent sans traces de jalousie. Il fut alors infidèle à sa femme et s’engagea dans une liaison durable avec une autre. Dès que l’effroi d’un soupçon précis l’eut fait rompre ces relations amoureuses, une jalousie du second type éclata chez lui, jalousie de projection, au moyen de quoi il put imposer silence aux reproches touchant son infidélité. Elle se compliqua bientôt par l’entrée en scène de tendances homosexuelles, dont l’objet était son beau-père, pour former une paranoïa de jalousie, pleine et entière.

Mon second cas n’aurait vraisemblablement pas été classé sans l’analyse comme paranoïa persecutoria, mais je fus contraint de concevoir ce jeune homme comme un candidat à cette issue morbide. Il existait chez lui une ambivalence dans les relations avec son père d’une envergure tout à fait extraordinaire. II était d’une part le rebelle avoué qui s’était développé manifestement et en tous points, en s’écartant des désirs et des idéaux de son père ; d’autre part, dans un plan plus profond, il était toujours le plus soumis des fils, celui qui, après la mort de son père, eut conscience d’une dette de cœur, et s’interdit la jouissance de la femme. Ses rapports avec les hommes dans la réalité se posaient ouvertement sous le signe de la méfiance ; avec sa force d’intelligence il savait rationaliser cette réserve, et s’entendait à tout arranger en sorte que ses connaissances et amis le trompent et l’exploitent. Ce qu’il m’apprit de neuf, c’est que les classiques idées de persécution peuvent subsister, sans trouver chez le sujet foi ni assentiment. Occasionnellement, durant l’analyse, on les voyait passer en éclairs, mais il ne leur accordait aucune importance et, dans la règle, s’en moquait. II se pourrait qu’il en fût de même dans bien des cas de paranoïa. Les idées délirantes qui se manifestent quand une telle affection éclate, peut-être les tenons-nous pour des néoproductions alors qu’elles sont constituées depuis longtemps.

Une vue primordiale me paraît être celle-ci, qu’une instance qualitative, telle que la présence de certaines formations névrotiques, importe moins en pratique que cette instance quantitative, à savoir, quel degré d’attention, ou, avec plus de rigueur, quel ordre d’investissement affectif ces thèmes peuvent concentrer en eux. La discussion de notre premier cas, de la paranoïa de jalousie, nous avait incité à donner cette valeur à l’instance quantitative, en nous montrant que l’anomalie consistait là essentiellement en ce sur­inveslissement affecté aux interprétations touchant l’inconscient étranger. Par l’analyse de l’hystérie, nous connaissons depuis longtemps un fait analogue. Les fantasmes pathogènes, les rejetons de tendances réprimées, sont tolérés longtemps à côté de la vie psychique normale et n’ont pas d’efficacité morbifique, jusqu’à ce qu’ils reçoivent d’une révolution de la libido une telle surcharge ; d’emblée éclate alors le conflit qui conduit à la formation du symptôme. Ainsi sommes-nous conduits de plus en plus, dans la poursuite de notre connaissance, à ramener au premier plan le point de vue économique. J’aimerais aussi soulever le point de savoir si cette instance quantitative sur quoi j’insiste ici, ne tend pas à recouvrir les phénomènes pour lesquels Bleuler et d’autres récemment veulent introduire le concept d’« action de circuit ». Il suffirait d’admettre que d’un surcroît de résistance dans une direction du cours psy­chique s’ensuit une surcharge d’une autre voie, et par là sa mise en circuit dans le cycle qui s’écoule.

Un contraste instructif se révélait dans mes deux cas de paranoïa quant au comportement des rêves. Alors que, dans le premier cas, les rêves, nous l’avons noté, étaient purs de tout délire, le second malade produisait en grand nombre des rêves de persécution, où l’on peut voir des prodromes et des équivalents pour les idées délirantes de même contenu. L’agent persécuteur, auquel il ne pouvait se soustraire qu’avec une grande anxiété, était dans la règle un puissant taureau ou quelque autre symbole de la virilité, que bien des fois en outre il reconnut au cours même du rêve comme une forme de substitution du père. Une fois il rapporta, dans la note paranoïaque, un très caractéristique rêve de transfert. Il vit qu’en sa compagnie je me rasais, et remarqua à l’odeur que je me servais du même savon que son père. J’en agissais ainsi pour l’obliger au transfert du père sur ma personne. Dans le choix de la situation rêvée se montre, de façon impossible à méconnaître, le maigre cas que fait le patient de ses fantasmes paranoïaques et le peu de créance qu’il leur accorde ; car une contemplation quotidienne pouvait l’instruire qu’en général je ne me mets pas dans le cas de me servir de savon à raser, et qu’ainsi sur ce point je n’offrais aucun appui au transfert paternel.

Mais la comparaison des rêves chez nos deux patients nous apprend que la question soulevée par nous, à savoir si la paranoïa (ou toute autre psychonévrose) pouvait pénétrer même dans le rêve, ne repose que sur une conception incorrecte du rêve. Le rêve se distingue de la pensée de veille en ce qu’il peut accueillir des contenus (du domaine refoulé) qui n’ont pas le droit de se présenter dans la pensée vigile. Abstraction faite de cela, il n’est qu’une forme de la pensée, une transformation de la matière pensable de la préconscience, par le travail du rêve et ses déterminations. Au refoulé lui-même notre terminologie des névroses ne s’applique pas ; on ne peut le qualifier ni d’hystérique, ni d’obsessionnel, ni de paranoïaque. C’est au contraire l’autre partie de la matière soumise à l’élaboration du rêve, ce sont les pensées préconscientes qui peuvent ou bien être normales, ou porter en soi le caractère d’une quelconque névrose. Les pensées préconscientes ont des chances d’être des résultats de tous ces processus pathogènes où nous reconnaissons l’essence d’une névrose. On ne voit pas pourquoi chacune de ces idées morbides ne devrait pas subir la transformation en un rêve. Sans aller plus loin, un rêve peut ainsi naître d’un fantasme hystérique, d’une représentation obsessionnelle, d’une idée délirante, je veux dire livrer dans son interprétation de tels éléments. Dans notre observation de deux paranoïaques, nous trouvons que le rêve de l’un est normal, alors que l’homme est en accès, et que celui de l’autre a un contenu paranoïaque, quand le sujet se moque encore de ses idées délirantes. Ainsi, dans les deux cas, le rêve accueille ce qui dans le même temps est réprimé lors de la vie de veille. Encore ceci n’est-il pas forcément la règle.

C) L’homosexualité. – La reconnaissance du facteur organique de l’homosexualité ne nous dispense pas d’étudier les processus psychiques qui sont à son origine. Le processus typique, bien établi dans des cas sans nombre, consiste en ce que chez le jeune homme, jusqu’alors intensément lié à sa mère, se produit, quelques années après le cours de la puberté, une crise ; il s’identifie soi-même avec la mère et cherche à son amour des objets où il puisse se retrouver lui-même et qu’il ait le loisir d’aimer, comme sa mère l’a aimé. Comme vestige de ce processus, une condition d’attrait s’impose au sujet, d’habitude pour nombre d’années, c’est que les objets masculins aient l’âge où chez lui le bouleversement eut lieu. Nous avons appris à connaître les divers facteurs qui, avec une force variable, contribuent vraisemblablement à ce résultat. Tout d’abord la fixation à la mère qui enraye le passage à un autre objet féminin. L’identification à la mère permet de sortir des liens qui se rattachent à son endroit, tout en ouvrant la possibilité de rester fidèle en un certain sens à ce premier objet. Ensuite, vient la tendance au choix narcissique de l’objet, qui d’une façon générale est plus immédiate et plus facile à accomplir que la conversion vers l’autre sexe. Derrière cette instance s’en dissimule une autre d’une force toute particulière, ou bien peut-être coïncide-t-elle avec la première : le haut prix attaché à l’organe mâle et l’impossibilité de renoncer à ce qu’il existe dans l’objet aimé. Le mépris de la femme, l’aversion pour elle, voire le dégoût qu’elle provoque, se rattachent dans la règle à la découverte tôt faite que la femme ne possède pas de pénis. Plus tard, nous ayons découvert encore, comme un puissant motif d’un choix homosexuel de l’objet, les égards pour le père ou l’angoisse éprouvée à son endroit, quand le renoncement à la femme signifie que l’on esquive la concurrence avec lui (ou toutes les personnes mâles qui jouent son rôle). Ces deux derniers motifs, l’arrêt à la condition du pénis, ainsi que la dérobade, peuvent être attribués au complexe de castration. Attachement à la mère – narcissisme, – angoisse de castration, ces instances au reste nullement spécifiques, nous les avons repérées jusqu’alors dans l’étiologie psychique de l’homosexualité ; s’y associent encore l’influence d’une séduction, qui peut répondre d’une fixation précoce de la libido, ainsi que celle du facteur organique qui favorise le rôle passif dans la vie

Mais nous n’avons jamais cru que cette analyse de l’origine de l’homosexualité fût complète. Je suis aujourd’hui en état d’indiquer un nouveau mécanisme qui mène au choix homosexuel de l’objet, bien que je ne puisse préciser à quelle ampleur il faut fixer son rôle dans la constitution de l’homosexualité extrême, de celle qui est manifeste et exclusive. L’observation m’a rendu attentif à plusieurs cas, où, dans la première enfance, des tendances jalouses d’une force singulière, issues du complexe maternel, s’étaient élevées contre des rivaux, le plus souvent contre des frères plus âgés. Cette jalousie menait à des attitudes intensément hostiles et agressives envers le groupe des frères, attitudes qui purent aller jusqu’au vœu meurtrier, mais ne résistèrent pas à l’action du développement. Sous l’influence de l’éducation, sûrement aussi par suite de l’échec où les vouait leur impuissance, ces tendances venaient à être refoulées, le sentiment à se retourner, si bien que les précoces rivaux étaient maintenant les premiers objets homosexuels. Une telle issue de l’attachement à la mère nous montre des rapports, intéressants, en plus d’un point, avec d’autres processus de nous connus. Elle est tout d’abord le pendant complet du développement de la paranoïa persecutoria, dans laquelle les personnes primitivement aimées se changent en persécuteurs haïs, tandis qu’ici les rivaux haïs se retrouvent objets d’amour. Par-delà elle figure une exagération du procès qui, selon mes vues, mène à la genèse individuelle des instincts sociaux (3). Ici et là existent tout d’abord des tendances jalouses et hostiles qui ne peuvent trouver satisfaction, et les sentiments d’identification, de nature amoureuse, aussi bien que sociale, naissent comme formes de réaction contre les impulsions agressives refoulées.

Ce nouveau mécanisme du choix homosexuel de l’objet, qui jaillit de la rivalité surmontée et du refoulement des tendances agressives, vient se mêler, dans bien des cas, aux déterminations typiques de nous connues. Il n’est pas rare d’apprendre, par l’histoire de la vie des homosexuels, que le tournant est survenu après que la mère eut fait l’éloge d’un autre enfant et l’eut donné en exemple. C’est là ce qui a réveillé la tendance au choix narcissique de l’objet et, après une courte phase de jalousie aiguë, changé le rival en objet aimé. Par ailleurs, le nouveau mécanisme se distingue en ce que dans ces cas la transformation se produit au cours d’années bien plus précoces et que l’identification à la mère passe au second plan. Aussi bien, dans les cas que j’ai observés, ne conduisait-il qu’à des attitudes homosexuelles, qui n’excluaient pas l’hétérosexualité et n’entraînaient aucun horror feminæ.

Le fait est bien connu qu’un assez grand nombre de personnes homosexuelles se signalent par un développement particulier des instincts à tendance sociale et par leur dévouement à des intérêts d’utilité publique. On serait tenté de lui donner cette explication théorique, qu’un homme qui voit dans les autres hommes de virtuels objets d’amour, doit se comporter différemment envers la communauté des hommes, qu’un autre qui est forcé d’envisager l’homme d’abord comme un rival auprès de la femme. Une seule considération s’y oppose, c’est que dans l’amour homosexuel il y a aussi rivalité et jalousie et que la communauté des hommes comprend aussi ces rivaux possibles. Mais, s’abstiendrait-on de cette motivation spéculative, il ne peut être indifférent, pour les rapports de l’homosexualité et du sens social, qu’en fait il ne soit pas rare de voir naître le choix homosexuel de l’objet d’une maîtrise précoce de la rivalité à l’égard de l’homme.

Dans la conception psychanalytique nous sommes habitués à concevoir les sentiments sociaux comme des sublimations de comportements, homosexuels quant à leur objet. Chez les homosexuels doués de sens social, les sentiments sociaux n’auraient pas opéré leur détachement du choix primitif de l’objet avec un entier bonheur.

(1) Comparez cette strophe du chant de Desdémone : « Je l’appelai trompeur ? Que dit-il à cela ? Si je regarde la fille, tu lorgnes vers le garçon.

(2) Rapprocher le développement du cas Schreber : « Remarque psychanalytiques sur la description autobiographique d’un cas de paranoïa (démence paranoïde) », [recueilli dan, le vol. VIII des Œuvres complètes]. (trad. fr. Marie Bonaparte et R Loewenstein, Revue française de Psychanalyse, tome V, n° 1).

(3) Voyez « Psychologie des foules et analyse du moi 1921 (vol. VI des Œuvres complètes), trad. fr. Jankélévitch, Paris, Payot.