La Revue Française de Psychanalyse

Résumés des articles

Résumés des articles

Catherine Chabert – Une liberté dangereuse

RÉSUMÉ – Parmi les représentations d’attente qui président à l’engagement de l’analyse, accéder à « un peu plus de liberté » condense l’essentiel de ses visées : être libéré de ses symptômes et de ses entraves, désirer, aimer et travailler, mais aussi pouvoir se séparer, vivre dans l’indépendance même relative de ses pensées et de ses actes. Ainsi se dessine un idéal qui accorderait au moi et au fonctionnement psychique un statut de sujet à part entière, si on entend par là la capacité à devenir auteur de sa vie. Et pourtant, face à ces espérances conscientes, se dressent les forces antagonistes de la compulsion de répétition, du masochisme et de l’autodestruction, c’est-à-dire le refus de guérir : refus scandaleux qui vient dire que le déplaisir, la souffrance et la douleur s’emparent du transfert et colonisent les résistances pour lutter contre les dangers de la liberté.

MOTS-CLÉS – désirs, interdits, surmoi, idéal, compulsion de répétition.

Alain Ferrant – Libertés et servitudes : processus psychanalytique et création littéraire

RÉSUMÉ – L’auteur se propose de rapprocher travail psychanalytique et travail de création littéraire sous l’angle des espaces de libertés et de servitudes qui les soutiennent. La liberté associative s’appuie sur une forme d’emprise exercée par le cadre dont l’analyste est garant. La liberté du créateur implique un dispositif tout aussi contraignant qui repose sur des horaires spécifiques et un aménagement singulier de l’espace. Si l’analyse est un processus qui favorise l’invention de soi en appui sur la présence de l’analyste qui soutient la réflexivité, le travail d’écriture échoue dans cette fonction réflexive. Un retour symbolisant peut se produire chez le lecteur, mais non chez l’auteur quelles que soient les qualités de l’œuvre. La réserve de l’incréable est matrice d’une souffrance inextinguible chez le créateur littéraire. Elle est source d’une exigence telle que parfois l’œuvre finit par dévorer le créateur.

MOTS-CLÉS –Travail d’analyse, travail d’écriture, réserve de l’incréable, emprise, dispositif.

Jessica Tran The – La métapsychologie de la trace : du déterminisme à la liberté

RÉSUMÉ – La règle de l’association libre, au principe même de la technique psychanalytique, implique d’emblée un certain paradoxe, puisqu’elle ne s’avère heuristique que dans la mesure où la succession des représentations verbalisées par l’analysant n’est en aucun cas libre ou arbitraire, mais au contraire très précisément déterminée par la vérité de l’inconscient. Si Freud concevait en effet l’existence d’un déterminisme psychique strict, cette conception rend-elle néanmoins caduque toute référence à la liberté du sujet au sein de l’approche psychanalytique ? En revenant à la métapsychologie de la trace, nous pourrons observer que, bien que l’inscription des expériences perceptives sous forme de traces mnésiques soit la condition du déterminisme psychique, cette inscription implique d’emblée une discontinuité entre l’expérience et son inscription, et ouvre la voie à l’expression d’une certaine liberté du sujet, réintroduisant la dimension de l’imprévu au cœur de la psychanalyse.

MOTS-CLÉS – association libre, déterminisme psychique, trace mnésique, liberté, métapsychologie.

Dominique Bourdin – Devenir plus libre : conquête ou accueil ?

RÉSUMÉ – Cet article évoque l’itinéraire d’un jeune homme en difficulté pour se séparer de ses parents, soumis à l’emprise d’une tante, hospitalisé en psychiatrie et tenté par un engagement religieux radical : quelles voies pour lui vers la liberté de penser et d’agir ? L’interrogation sur les obstacles à la liberté psychique constitue le cœur de la réflexion. Il s’ensuit un examen du rapport paradoxal entre psychanalyse et liberté, loin de l’illusion de liberté absolue du libre arbitre dans la conception philosophique classique du sujet. Les conceptions psychanalytiques de la remémoration, les élaborations lacaniennes et la réflexion sur la subjectivation sont évoquées avant des propos plus cliniques qui soulignent l’importance de l’agressivité et de la créativité dans le « devenir soi-même ». S’esquisse ainsi une cartographie de voies par lesquelles l’expérience psychanalytique manifeste ses potentialités libératrices.

MOTS-CLÉS – Conflit, créativité, dépendance, emprise, liberté, pensée, subjectivation.

Julie Chevalier – La capacité d’être libre

RÉSUMÉ – Cet article conceptualise la capacité d’être libre depuis ce que je nomme un effondrement de la crainte dans la situation analytique, complémentairement à la crainte de l’effondrement théorisée par Winnicott. Cette approche se décale d’une idéologie contemporaine d’une psyché a-conflictuelle afin d’interroger, dans notre hypermodernité, l’articulation de défaillances environnementales, familiale, sociale et politique. J’émets l’hypothèse qu’un effondrement de la crainte procède de la destruction fantasmatique d’une partie du moi idéalisée de l’analysant par l’analyste, ce qui suppose sa fonction paternelle haineuse dans la dynamique transféro-contre-transférentielle. Cela montre comment la capacité à survivre du sujet, dans son rapport tout particulier à la haine objective de l’analyste, permet la rencontre nécessaire de son « vrai » moi. La capacité d’être libre suppose ainsi que l’analyste incarne les fonctions de l’environnement. Deux vignettes cliniques illustrent mon propos.

MOTS-CLÉS – environnement, liberté, crainte de l’effondrement, haine objective, situation analytique.

Marin Joubert – Le symptôme de la liberté

RÉSUMÉ – Quelle opposition plus radicale à l’idée de liberté que l’absolu de la contrainte obsessionnelle ? Pourtant les circuits d’annulation de F., comme ceux de l’homme aux rats, montrent une autre finalité, celle de constituer un obstacle infranchissable, l’assurance d’un espace de liberté, préservé autant d’une intrusion paternelle que de la curiosité de l’analyste, Freud, au bout du compte, voyait dans l’intensité de l’ambivalence obsessionnelle la résultante d’une agressivité infantile « constitutionnellement » excessive. Elle paraît pourtant avoir pu constituer pour l’enfant une solution aux difficultés de la séparation-individuation, et aux enjeux narcissiques des premières confrontations aux pairs, à l’entrée à l’école. Tous deux sont contemporains des conflits de l’analité. Les dés-emboîtements psychiques entre parents et enfants, le réinvestissement de la transitionnalité sont au cœur du traitement de ces pathologies difficiles.

MOTS-CLÉS –obsession, annulation rétroactive, séparation-individuation, deuil, objet, interprétation.

Mario De Vincenzo – Des degrés de liberté

RÉSUMÉ – Cet article étudie les liens dialectiques entre le déterminisme psychique et la liberté qui sont au cœur de la théorie psychanalytique. À travers l’étude d’un cas clinique, l’auteur met en évidence comment les déterminants inconscients qui emprisonnent le sujet dans les chaînes de la névrose sont les mêmes éléments psychiques qui constituent le roc de la subjectivité, du désir et des formes de jouissance de l’individu. La prise en compte des capacités transitionnelles de la psyché permettra de comprendre comment le travail d’élaboration dans l’après-coup promu par l’analyse peut amener le sujet à créer de nouveaux aménagements subjectifs et d’autres formations de compromis, en accédant ainsi à un autre degré de liberté.

MOTS-CLÉS – déterminisme, liberté psychique, après-coup, formation de compromis, subjectivation, créativité.

Alain Ehrenberg – Neurosciences cognitives et idéaux d’autonomie

RÉSUMÉ – Les neurosciences cognitives ont acquis une forte légitimité bien au-delà de la neurologie et de la psychiatrie, leur expertise est demandée dans les domaines les plus divers. Cet article explore l’hypothèse que ce succès social et politique tient à l’acquisition d’une autorité morale. Celle-ci repose sur la transfiguration, dans des langages scientifiques, d’idéaux traditionnels de régularité du comportement, nés au 18e siècle et se poursuivant du behaviorisme vers 1900, jusqu’aux neurosciences cognitives de la fin du 20e siècle, puis sont infléchis par des idéaux de changement personnel et d’autonomie individuelle qui se sont diffusés à partir du dernier tiers du 20e siècle. Les neurosciences cognitives apportent à ces idéaux les promesses d’un développement illimité des capacités humaines. Tel est l’horizon d’attente qu’elles suscitent et d’où elles tirent une bonne part de leur autorité.

MOTS-CLÉS – neurosciences cognitives, idéaux sociaux, autonomie, naturalisme, histoire, sociologie

François Duparc – Malaise dans la sexualité : les nouveaux esclaves de la liberté

RÉSUMÉ – Les psychanalystes sont de plus en plus souvent confrontés à des pathologies individuelles qui relèvent d’un malaise collectif concernant les excès de la libération sexuelle, une idéologie de notre époque. L’incapacité à construire des relations de couple et des modes de vie durables peuvent aboutir, dans les états-limites, à une sorte d’addiction aux voyages, aux aventures sexuelles, ou à une hyperactivité professionnelle. Le cadre analytique en souffre aussi, mais l’expérience clinique (avec deux cas donnés en exemple) montre que ces sujets peuvent parvenir à intégrer, au-delà d’une séduction pathologique, les autres fantasmes originaires de l’Œdipe qui font ici défaut : une scène primitive plus féconde, une enveloppe maternelle protectrice, et une castration symbolique obéissant à un modèle paternel incorporé sans trop d’excès autoritaires.

MOTS-CLÉS – liberté, séduction, fantasmes originaires, manie blanche, hyperactivité, sexualité addictive.

Alberto Konicheckis – Libertés et contraintes du culturel

RÉSUMÉ – Le culturel impose des liens qui entravent les possibilités individuelles de liberté. Ces liens ne se réduisent pas seulement à l’extériorité d’un environnement qui restreindrait, du dehors, les désirs individuels internes. Des modalités fondatrices et potentiellement aliénantes du culturel dans le psychisme individuel sont explorées à travers les liens précoces et dans la psychologie des foules, où, en toute dé-subjectivation, l’individu exprime ses pulsions les plus rudimentaires. Elles sont également abordées dans des formations psychiques collectives comme le contrat narcissique et les alliances inconscientes. Un personnage central dans l’analyse de Nora permet de rendre évidente la condensation de différentes lignes de force qui, dans l’essence même du psychisme, œuvrent pour l’entrave de la liberté : l’interdit œdipien, la recherche d’un sentiment primaire de toute-puissance et les appartenances culturelles.

MOTS-CLÉS – culturel, liberté, aliénation, ensembles plurisubjectifs, appartenance.

Claire-Marine François-Poncet – Éros et la liberté

RÉSUMÉ – La liberté, issue du travail de culture comme élaboration intrapsychique et inter-individuelle des expériences de vie, se construit à la faveur des liens sociaux d’amour (Éros) proposés par la civilisation et ses fondements éthiques. Cet article tente de démontrer comment la liberté, à l’épreuve des liens d’amour, relance en permanence le travail de culture dans son élaboration du conflit entre l’individu et la civilisation. L’auteur interroge les attaques de la liberté sous la forme d’idéologies collectives (psychologie des masses) au travers d’une idéologie dominante dans la culture contemporaine qui prend la forme paradoxale d’une revendication collective d’une prétendue liberté d’aimer conquise dans la sphère de la sexualité. À partir de cette interrogation, l’auteur propose un élargissement du travail de culture :  là où était le sur-moi-de-la-culture doit advenir le surmoi individuel. 

MOTS-CLÉS –liberté, Éros, travail de culture, psychologie collective, surmoi individuel.

François Richard – Vraie et fausse libération sexuelle

RÉSUMÉ – La « libération » sexuelle contemporaine correspond en fait à une conflictualité psychosexuelle classique entremêlée à des perturbations nouvelles. En ce sens, elle serait à la fois vraie et fausse. On y trouve un dérèglement de la pulsion, de sa source à l’objet en passant par sa poussée et son but et une tendance au clivage entre la morale sexuelle toujours plus civilisée et un morcellement pervers, jusqu’à un néo-puritanisme. Cette liberté biaisée n’abolit pas le déterminisme ni le hasard selon Darwin : les finalités de la « nature » peuvent utiliser l’évolution des sexualités et de la parenté. La notion de perversion se dilue-t-elle dans le polyérotisme narcissique contemporain ? Le cas clinique de Nadia permet d’analyser le passage de conduites d’allure perverse vers une subjectivation de l’histoire infantile adolescente puis vers une rencontre amoureuse – grâce à une articulation spécifique entre un transfert œdipien et un contre-transfert interrogé par le féminin.

MOTS-CLÉS – circuit pulsionnel, contretransfert, libération sexuelle, malaise dans la civilisation, perversion de vie.

Maurice Khoury – Regard sur l’histoire de la psychanalyse au Liban. Moments d’histoire

RÉSUMÉ – L’implantation de la psychanalyse au Liban remonte aux années 1970. Bien que ne constituant pas un modèle distinctif, elle aura des spécificités, comme celle d’être née de parents du Vieux Continent et d’avoir été élevée sur un sol moyen-oriental, saturé de cultures bigarrées et fertile en secousses sécuritaires. Alliage de psychanalyse traditionnelle, avancées post-freudiennes et variations techniques quand les repères sont ébranlés par le réel. L’auteur retrace dans cet article les moments d’histoire les plus significatifs, avec une partie substantielle donnée aux tenants et aboutissants de l’affiliation d’un groupe libanais à l’IPA : conflits structurels et dégagements. La surdétermination multi-théorique libanaise trouve un écho favorable dans une Internationale ouverte à des courants de pensée divers et à une clinique toujours réinventée. Une dernière et brève partie est consacrée aux études faites sur la psychanalyse en temps de guerre et sur le multilinguisme dans la cure.

MOTS-CLÉS Liban, sychanalyse. IPA, guerres, multilinguisme, diversité.

Wafica Abou Habib Kallassi Notule sur la psychanalyse kleinienne et post-kleinienne au Liban. Initiation et développements

RÉSUMÉ – Dans cet article, l’auteure retrace son expérience des balbutiements et du développement de la psychanalyse kleinienne et post-kleinienne au Liban. L’influence de la pensée suisse, française et britannique y fut décisive pour la clinique et la théorie de la clinique avec les adultes et les enfants. Dans un deuxième temps, les élaborations post-bioniennes des auteurs italiens sont venues enrichir et condenser la conceptualisation freudienne des pulsions et celle des fantasmes précoces et du monde interne proprement kleinien, par un accès à une théorie de la pensée et de la rêverie dans la cure. Évoluant en dehors des autres courants psychanalytiques au Liban, la pensée kleinienne et post-kleinienne s’y associe graduellement au début des années 1990 pour former à l’Association libanaise pour le développement de la psychanalyseune pratique en mouvement aux côtés des autres conceptions du psychisme.

MOTS-CLÉS Klein, Bion, enfants, Liban, pratique psychanalytique.

Marie-Thérèse Khair Badawi – La petite histoire dans la grande. Témoignages

RÉSUMÉ – Ayant participé en 2008 à la fondation de l’Association Libanaise pour le Développement de la Psychanalyse (ALDeP), première association psychanalytique reconnue par l’Association Psychanalytique Internationale (IPA) dans un pays de langue arabe, et en 1978 à la fondation du département de psychologie de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth où la psychanalyse occupe une place de choix, l’auteure témoigne de son vécu vis-à-vis de ces deux projets au Liban. Elle nous livre sa déception face aux manquements et aux transgressions de la première génération analytique jusque dans les universités, occasionnant des traumas qu’il a fallu élaborer pour arriver à transformer et construire, aboutissant ainsi à poser l’acte de naissance de l’ALDeP. Elle met en garde afin de veiller à continuer cette élaboration avec les nouvelles générations, pour échapper aux répliques sismiques de la répétition et préserver la place de la psychanalyse à l’université.

MOTS-CLÉS – IPA et psychanalyse au Liban, psychanalyse à l’université, Association libanaise pour le développement de la psychanalyse, Université Saint-Joseph et psychanalyse.

Maurice Khoury et Mouzayan Osseiran – La visite de Jacques Lacan au Liban

RÉSUMÉ – La visite de Jacques Lacan au Liban en 1973 survint deux mois après le drame de la perte de sa fille Caroline dans un accident de voiture. Adnan Houbballah, l’un des pionniers de la psychanalyse libanaise organise ce périple qui condense visites archéologiques, découvertes, moments de loisir et rencontres avec politiciens, philosophes et hommes de lettres. Il donne à voir également l’homme, le geignard, le capricieux, le touriste et bien évidemment, l’ami, le curieux, le déterminé, le penseur et le théoricien de 72 ans qui avait déjà élaboré l’essentiel de sa pensée. Parallèlement, un débat avec intellectuels et spécialistes de la santé mentale au Liban donne lieu à un échange qui résume ses hypothèses sur le langage, l’affect, la femme, la psychosomatique et la psychiatrie. La rencontre avec un Liban millénaire donne lieu à des réflexions singulières entre Lacan et l’analyste libanais, réflexions que les auteurs de cet article tentent de restituer.

MOTS-CLÉS – Lacan, Liban, visites archéologiques, rencontres, langue arabe.

Mona Chahoury Charabaty – Histoires conjuguées ; analyste, institution et Révolution

RÉSUMÉ – L’auteure procède à un survol, en parallèle, de sa double expérience institutionnelle et personnelle : dans l’Association libanaise pour le développement de la psychanalyse (ALDeP), sa fondation et son évolution d’une part, et son propre cheminement, d’autre part. Elle évoque, entre autres, la question du développement institutionnel du groupe dans sa dynamique et son interaction avec le Comité de parrainage de l’IPA. L’émigration de l’auteure en Amérique du Nord et sa recherche d’une formation psychanalytique sur place dans un pays européen ont diversifié son bagage théorico-clinique et lui ont permis une certaine distance dans l’appréhension de son double cheminement analytique personnel et institutionnel. Elle termine son texte avec l’actualité de la révolution dans le pays d’implantation de l’association et ses conséquences sur la pratique analytique et le vécu groupal des membres et des analystes en formation.

MOTS-CLÉS tiers régulateur, nouveau groupe, cursus, crises, Comité de parrainage, Révolution.

Panos Aloupis – L’énigme de la douleur du corps

RÉSUMÉ – L’auteur aborde la question de la place psychique de la douleur du corps. Pour Freud, l’objet et sa perte se trouvent au cœur de la transformation du corporel au psychique. La douleur, du côté de l’affect, physique et psychique est présente tout au long de l’œuvre freudienne, reliée aux vicissitudes de l’angoisse. Elle sous-entend une énergie d’excitation non transformée psychiquement et se manifeste dans le contexte d’un narcissisme mal articulé avec l’objectalisation. Suivent deux vignettes cliniques qui illustrent la présence et l’absence de la douleur du corps en lien avec des problématiques psychiques travaillées par le négatif. Quand les blessures narcissiques se rapprochent du corps à travers la douleur physique, l’analyste est confronté à des mouvements contre-transférentiels proches d’une fonction maternelle attentive aux soins primaires.

MOTS-CLÉS – Douleur, corps, excitation, angoisse, perte d’objet, narcissisme

Sara Botella – La neuropsychanalyse et la science du rêve. Brèves réflexions d’une praticienne de la psychanalyse

RÉSUMÉ – Ces dernières décennies ont vu l’émergence d’une nouvelle discipline, la neuropsychanalyse, qui tâche d’offrir à ses études sur le cerveau un cadre psychanalytique. Cette approche du psychisme fondée sur une exploration du cerveau nous semble en contradiction avec la pensée évolutionniste de Freud, notamment avec la théorie du rêve. Pavlov et Freud ont montré qu’il n’y a pas d’intrication entre le cerveau et la pensée. La pensée de l’homme naît au sein de l’hallucinatoire auquel le contraint son immaturité. Ce n’est qu’au sein de cet hallucinatoire que la pensée de l’homme doit être explorée. Les supposées « avancées de la recherche » sur le cerveau ne sont au psychanalyste d’aucune utilité sur le plan de son approche du psychisme. Par ailleurs, les neuroscientifiques sont invités à se doter d’un corpus conceptuel spécifique, au lieu de se comporter comme les « coucous » d’une autre discipline.

MOTS-CLÉS – neuropsychanalyse, théorie du rêve, Pavlov, hallucinatoire, pensée évolutionniste.

Elsa Chamboredon – Regards croisés sur l’éthique dans la publication de cas cliniques

RÉSUMÉ – À l’ère du numérique et de l’accès facilité aux articles scientifiques sur internet, nous proposons de questionner la mise en tension éthique créée par la publication d’un cas clinique. Le désir et le devoir du travail scientifique prévalent-ils sur la règle de discrétion imposée par la thérapie ? Inversement, le secret professionnel justifie-t-il d’empêcher le partage de la réflexion psychanalytique ? La pertinence d’une publication et ses effets sur la psychothérapie seront étudiés. Dans ce contexte, le thérapeute se retrouve pris entre le modèle calqué sur la recherche biomédicale qui exige la demande d’un consentement libre et éclairé, et la règle fondamentale de confidentialité qui favorise la libre association. Il paraît alors nécessaire d’interroger chaque situation clinique dans sa singularité en envisageant la dimension transféro-contre-transférentielle.

MOTS-CLÉS – éthique, publication, psychothérapie, secret professionnel, confidentialité, discrétion.